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    Comment briser les préjugés à l’embauche?

    De nombreux employeurs filtrent les candidats en se basant sur l’existence d’antécédents judiciaires et peuvent se priver de candidats qualifiés et compétents. En période de pénurie de la main-d’oeuvre, alors que 14 % de la population du Québec a un casier judiciaire, il est pourtant essentiel que les entreprises se libèrent de leurs préjugés. Entretien avec Yan Chantrel, coordonnateur du Comité consultatif pour la clientèle judiciarisée adulte (CCCJA), qui vient de lancer en collaboration avec l’agence Orkestra la campagne publicitaire Voir les compétences dans le cadre de la Semaine de la réhabilitation sociale du Québec.

    Yan Chantrel

    CCCJA

    Les personnes ayant un casier judiciaire ont-elles beaucoup plus de difficulté à se trouver un emploi? 

    Oui et les recherches le confirment: à compétences égales, les personnes avec un casier judiciaire ont une chance sur deux d’être embauchées. Il y a donc 50 % des personnes qui ne sont pas embauchées sur la base du casier. L’article 18,2 de la Charte des droits et libertés de la personne (dite la Charte québécoise) interdit de discriminer une personne qui a des antécédents judiciaires, si les faits pour lesquels cette personne a été condamnée n’ont aucun lien avec l’emploi.

    «À compétences égales, les personnes avec un casier judiciaire ont une chance sur deux d’être embauchées.»

    Alors il faut juger adéquatement les antécédents judiciaires pour voir s’il y a un lien avec le poste. Par exemple, une personne qui a eu un problème d’alcoolémie au volant alors qu’elle était jeune et qui a un casier judiciaire, peut encore avoir de la difficulté à se trouver un emploi dix ans plus tard. 

    Quels sont les plus grands freins à l'embauche de telles personnes? 

    C’est parfois une méconnaissance, une crainte, ou une peur... Comme une peur de ne pas pouvoir faire confiance à la personne. On donne des conseils aux employeurs pour faire un recrutement adéquat et on leur dit de vérifier le casier judiciaire que si c’est nécessaire, par exemple si la personne va être amenée à travailler avec des personnes vulnérables. Il ne faut pas faire la recherche en amont. Beaucoup trop d’employeurs utilisent le casier judiciaire comme un filtre à l’embauche.

    Est-ce fréquent pour les employeurs de procéder à des vérifications judiciaires?

    Il y a plus de 50 % des employeurs qui font des vérifications judiciaires et qui ne le disent pas, et c’est ça qui est problématique! Les registres de la Cour, ce qu’on appelle les registres plumitifs, donnent accès aux décisions judiciaires et sont très facile d’accès.

    «50 % des employeurs font des vérifications judiciaires et ne le disent pas.»

    Les employeurs consultent souvent les registres plumitifs sans le demander au candidat. Donc un employeur n’a peut-être pas demandé formellement les antécédents judiciaires au moment de l’entrevue d’embauche, mais ça ne veut pas dire qu’il n’a pas vérifié!

    L’accès au registre est payant, mais ce n’est pas très cher, et beaucoup d’entreprises l’utilisent. Ces informations sont beaucoup trop accessibles au Québec et ne sont pas aussi accessibles dans les autres provinces canadiennes. Le CCCJA travaille aussi afin de rendre ces registres moins accessibles. 

    Alors plusieurs employeurs font une vérification à l’insu du demandeur, mais pendant le processus de recrutement, que peut demander un employeur au niveau légal?

    En respectant l’article 18,2 de la Charte québécoise, l’employeur devrait idéalement demander «Avez-vous un casier judiciaire ou des antécédents judiciaires en lien avec l’emploi?», et demander l’accord de la personne pour vérifier ses antécédents dans les registres de plumitifs. Dès de départ, c’est bien de poser cette question de façon adéquate. 

    Dans le contexte de pénurie et de problèmes de rétention des employés, est-ce que vous voyez que les employeurs embauchent de plus en plus de personnes avec un casier judiciaire? 

    Oui, clairement, il y a une ouverture, et c’est pour ça qu’on en profite pour faire notre campagne. On est dans une situation ou les employeurs doivent s’adapter.

    «On est dans une situation ou les employeurs doivent s’adapter.»

    Environ 950 000 personnes au Québec ont des antécédents judiciaires : un bassin de travailleurs important, qui devrait davantage faire partie de leur réflexion. Mais s’ils font encore preuve d’une certaine méconnaissance, le contexte les force aujourd’hui à une certaine obligation d’avoir plus d’ouverture.

    En dehors de la responsabilité économique des entreprises, il y a aussi la responsabilité sociale des entreprises, et en embauchant des personnes avec un casier judiciaire, les employeurs permettent la réinsertion sociale et permettent aux personnes ayant des antécédents judiciaires d’avoir un revenu, d’avoir un toit et d’avoir une vie sociale. Donc c’est aussi une action positive envers la société car ça diminue également les risques de récidive. 

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    Dans la campagne “Voir les compétences”, le message clé “Laissons les barreaux derrière” fait référence aux barrières qui peuvent exister sur le marché du travail. La campagne se déroule sur les réseaux sociaux, principalement sur Facebook et LinkedIn. Agence: Orkestra / Relations médias: Communications Infrarouge