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Les réseaux sociaux et le sport: pour le meilleur et pour le pire

Serge Vallières Directeur, Tact Intelligence-conseil

Qu’ont en commun Maxime Comtois et Cody Parkey? Tandis que l’un est un jeune joueur de hockey prometteur qui appartient à l’organisation des Ducks d’Anaheim, l’autre est botteur pour les Bears de Chicago dans la LNF. Même si ces deux athlètes pratiquent des sports différents, ils ont récemment été victimes d’intimidation dans les réseaux sociaux, de façon corrosive.

L’objectif de ce billet est simple, démontrer à quel point les communications numériques peuvent faire mousser la popularité, voire glorifier les performances d’un athlète, mais aussi comment un faux pas sur la glace ou sur le terrain dudit athlète peut entraîner une vague de contestations disproportionnée de certains amateurs, ce qui laissera une ou plusieurs cicatrices dans la tête des deux joueurs mentionnés ci-haut et pour plusieurs autres.

Dans le cas de Maxime Comtois, son histoire est fascinante. Il a remporté la médaille d’or avec les moins de 20 ans d’Équipe Canada l’an dernier, a été repêché par les Ducks d’Anaheim au 50e rang du repêchage de 2017 de la Ligue nationale de hockey et a marqué un but dès sa première présence après 49 secondes de jeu dans l’uniforme des Ducks en octobre dernier. Jusqu’ici, avouons qu’il y a de quoi être fier du jeune athlète originaire de Longueuil. Lors du dernier Championnat mondial de hockey junior, disputé à Victoria, Maxime Comtois était capitaine de la formation canadienne. Il a noirci la feuille de pointage six fois (cinq buts et une passe). On a même appris récemment qu’il aurait joué en dépit d’une dislocation de l’épaule. Courageux, ne trouvez-vous pas?

Ce même jeune n’a pas été en mesure de compter sur un tir de pénalité en marge d'une partie lors des quarts de finale contre la Finlande, un but qui aurait pu faire la différence pour l’équipe canadienne. Dommage, mais le sport est cruel. Parfois, l'on gagne, d’autres fois, on s’incline. Cela dit, Maxime Comtois ne méritait pas d’être la cible de commentaires haineux dans les médias sociaux, après une défaite crève-cœur de 2-1 du Canada contre la Finlande. Tant sur Instagram que sur Twitter, il a reçu des messages disgracieux d’internautes peu courageux, ce qui démontre que la nouvelle réalité des médias sociaux à l’ère des sports de haut niveau a pris des proportions qui peuvent parfois être plus grandes que nature. Donner la voix à tout le monde peut devenir un problème lorsque le respect n’y est pas. À part l’absence de soutien d’Hockey Canada (voir le tweet d’Antoine Deshaies ici), qui, je l’espère, pourra tirer leçon de cet épisode, force est d’admettre que plusieurs personnes, dont des personnalités et organisations du monde du hockey, des figures politiques et des partisans (pas les lâches), ont offert une grande vague de soutien envers Maxime Comtois qui a lui-même mentionné: qu'il «sortira grandi de cette épreuve et souhaite que cette fâcheuse situation serve d’apprentissage pour tous les jeunes Canadiens» (extrait d'un communiqué de Roy Sports Group).

Dirigeons-nous maintenant vers les séries éliminatoires de la LNF et plus précisément au stade Soldier Field, domicile des Bears de Chicago. Lors du premier tour des éliminatoires, les Bears affrontaient les champions du Super Bowl de la dernière saison, les Eagles de Philadelphie. Ce qu’on retient de cette rencontre, à part un gain de 16-15 des Eagles et l’aspect très défensif de ce duel, c’est surtout la tentative de placement ratée sur une distance de 43 verges par le botteur Cody Parkey, qui rappelons-le, a frappé le poteau gauche, la barre transversale et a été dévié par un joueur adverse. Pourquoi ? Parce que ce spécialiste est devenu, tout comme Maxime Comtois, la cible des amateurs de la ville des vents: hué comme jamais à sa sortie du terrain, intimidé avec virulence dans les réseaux sociaux, pour quelques pouces. En 24 heures, plus de 20 798 gazouillis ont été publiés sur Twitter avec l’identifiant du botteur @CParkey36. Dois-je préciser que les messages n’étaient pas tous des mots d’encouragement?

Avec ces deux épisodes similaires ces derniers jours, force est d’admettre que les athlètes, de plus en plus actifs et visibles dans les réseaux sociaux, seront couramment confrontés à ce genre de tempêtes irrationnelles des amateurs. Toutefois, s’exprimer avec politesse et recul, puis choisir des mots qui ne blesseront pas l’individu, peu importe le contexte du moment sportif, le salaire et le parcours de ce dernier, devraient être des prémisses, voire le code de conduite à emprunter par ces amateurs, qui, tout comme vous et moi, recherchent des sensations fortes!

Peu importe comment l’on qualifie ces partisans, cette nouvelle réalité est là pour toujours, et les athlètes de demain devront être capables de composer avec ce défi additionnel. Enfin, les organisations et les gens qui représentent ces héros du sport ont la responsabilité de les préparer et de les accompagner pour le meilleur et pour le pire des réseaux sociaux.

 

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.