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«Les Québécois...». Vraiment?

Matthieu Sauvé Associé directeur, Zone franche

Combien de fois par semaine lit-on ou entend-on un porte-parole lancer avec assurance que «Les Québécois pensent que...» ou que «Les Québécois exigent…»?

Ne leur en déplaise, une récente enquête conduite par Léger pour l'Institut du nouveau monde vient de leur faire parvenir une invitation à la retenue, en recadrant sérieusement leur prétention à la représentativité populaire.

Que nous apprend cette étude? Notamment que lorsqu'on leur demande si différents groupes représentent vraiment ce qu'ils pensent, les Québécois répondent non à 79% dans le cas des partis politiques, non à 72% dans le cas des syndicats et non à 56% en ce qui concerne les associations professionnelles. Les groupes environnementaux font un peu mieux (non à 42%), de même que les associations de consommateurs (non à 35%).

Du point de vue de la communication, ces résultats imposent une suggestion qui va clairement dans le sens du repositionnement du discours de ces groupes et associations. En clair: non, malheureusement, vous ne parlez pas au nom des Québécois, mais bien davantage en celui de vos membres, ce qui, au demeurant, n'est pas moins légitime, mais nécessite d'être bien compris. Par contre, on peut certainement contester le bien-fondé du recours à des stratégies de communication qui font passer l'opinion d'un groupe d'intérêt donné pour celui d'une population entière.

Et la question n'est pas anodine. Pourquoi? Simplement parce que les reportages proposés par les médias sont inondés au quotidien par les déclarations de ces groupes qui, du beau milieu de l'agora, semoncent, réclament, dénoncent, exigent au nom de la population. Sans vouloir entrer ici dans une critique du contenu des médias, l'on peut d'ailleurs se demander comment il se fait que cette prétention à la légitimité populaire semble aller de soi et ne fasse pas, au moins à l'occasion, l'objet d'une remise en question minimale.

Une autre question se pose dès lors. S'ils tiennent tant à prendre la parole, pourquoi ne pas le faire sur une base plus solide, c'est-à-dire sur la base experte qui justifie leur raison d'être. Chacun dans son domaine, chacun à sa façon, ces groupes ont approfondi un thème social important ou une expertise professionnelle nécessaire au bon fonctionnement et à la cohésion sociale. Pourquoi ne pas simplement utiliser cette connaissance comme socle de la prise de la parole, en toute franchise et en toute expertise, quitte à souligner au passage que cette prise de parole n'est évidemment pas tout à fait désintéressée.

Je parie que, si tout le monde jouait cartes sur table au début de la discussion, chacun saurait exactement à quoi s'en tenir et le débat public y gagnerait probablement en profondeur et en qualité.

 

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.