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Donnez-moi vos idées, je vous dirai si je vous paie

Mario Deschambault Vice-président, directeur général, Voyou - Performance créative

Comme c’est le cas pour toutes les agences, nous sommes couramment sollicitées par des entreprises, des organisations gouvernementales ou des OSBL qui nous invitent à participer à leur appel d’offres. La préparation requise exige temps et ressources.

Nous nous prêtons avec grand plaisir au processus d'appel d'offres, car il nous permet de faire valoir notre expertise auprès de décideurs souhaitant dénicher la meilleure agence à qui confier un mandat de communication. Dans la majorité des cas, le processus s’inscrit dans une approche éthique et respectueuse. Il s’agit essentiellement pour l’agence de préparer une offre de service accompagnée d’une évaluation budgétaire axée sur le cahier de charge qui lui est transmis, puis de participer à une rencontre avec le client afin de lui présenter ses services et la nature de son expertise. Cette ultime étape permet alors au client de valider s’il y a une affinité naturelle avec l’une ou l’autre des agences en lice.

Nous recevons un nombre croissant d’invitations à soumissionner qui dénotent un mépris vexant du travail qui est le nôtre. 

Comme nous devrons consacrer un certain nombre d’heures à analyser un projet et à l'évaluer, nous posons systématiquement trois questions au client avant même de nous prêter à l’exercice. Quel est le budget consacré à votre projet? On a tous reçu des appels d’offres de projets très ambitieux dont l’envergure des livrables n’avait aucune commune mesure avec les ressources faméliques dont disposait le client. Combien d’agences ont été invitées à participer à l’appel d’offres? Et, finalement, la proposition doit-elle inclure la présentation d’un concept visuel ou d’un axe créatif?

Certains clients sont frileux à transmettre des indications budgétaires, et nous pouvons alors présumer qu’ils ont les moyens de leurs ambitions. Ou pas. Parfois, deux ou trois agences sont invitées à se prêter à l’exercice, ce qui est tout à fait raisonnable. 

Dernièrement, il semble toutefois y avoir une tendance pour le moins inquiétante. Nous recevons un nombre croissant d’invitations à soumissionner qui dénotent un mépris vexant du travail qui est le nôtre. À titre d’exemple, nous avons récemment décliné une invitation à présenter une offre de services auxquels avaient été invitées six autres agences(!) qui devaient chacune fournir une proposition d’approche graphique pour la refonte complète du branding d’une entreprise disposant en tout et pour tout d’un budget de 15 000$!

Si l'on calcule très sommairement que chaque agence devra minimalement consacrer une trentaine d’heures à un tel exercice. C’est près de 200 heures de travail qu’obtiendrait sans frais le client, alors que, déjà, ce temps excède largement le budget total du projet! Avec tout au plus 15% de chance de remporter ce mandat, c’est une loterie à laquelle bien peu d’entre nous avons le luxe de participer.

J’ai publié l’an dernier, un texte qui traitait de la question. La tendance semble non seulement encore bien ancrée au sein de notre industrie, mais je m’inquiète de constater qu’il s’agit d’une pratique privilégiée par un nombre grandissant d’entreprises qui n’accordent, semble-t-il, que bien peu de valeur à notre travail.

La solution à ces procédés d’une autre époque passe inconditionnellement par le refus systématique que les agences ont le devoir d’opposer à ce genre de demande. 

En me renseignant à gauche et à droite, je ne suis pas arrivé à trouver un seul autre secteur de service professionnel aux prises avec un phénomène aussi étrange que désolant. La solution à ces procédés d’une autre époque passe inconditionnellement par le refus systématique que les agences ont le devoir d’opposer à ce genre de demande. Quand plus aucune agence n’acceptera de se prêter à ce genre d’exercice, les entreprises n’auront alors d’autre choix que de respecter notre travail.

 

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

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