La référence des professionnels
des communications et du design

Un défi de communication attend les prochains élus municipaux

Isabelle Verreault Directrice générale, vice-présidente principale, Hill+Knowlton Stratégies

Les municipalités doivent dorénavant accorder une place centrale aux attentes élevées des citoyens en matière de consultation publique et d’acceptabilité sociale. Qu’il soit question d’aménagement du territoire ou de projets menés par des promoteurs privés et publics, les communautés touchées souhaitent être parties prenantes des processus d’approbation. 

La population doit être consultée, mais surtout écoutée. Le dispositif d’approbation référendaire actuel leur permet, si elles estiment être lésées à cet égard, de bloquer la réalisation de projets, que cela soit justifié ou non. Bien que ce mécanisme ait contribué à freiner des projets qui présentaient peu d’intérêt pour la communauté, les référendums ont aussi aidé quelques individus à faire avorter des projets porteurs, au grand dam des décideurs publics, promoteurs et citoyens.

Le projet de loi numéro 122, visant principalement à reconnaître que les municipalités sont des gouvernements de proximité et à augmenter à ce titre leur autonomie et leurs pouvoirs, a été adopté en juin dernier à l’Assemblée nationale. Celui-ci change toutefois la donne. Ces nouvelles mesures législatives permettent notamment aux villes de soustraire leurs décisions du processus d’approbation référendaire. En réponse aux préoccupations soulevées par ce projet de loi, le ministre des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire, Martin Coiteux, a indiqué que les villes décidant d’abolir les référendums devraient toutefois y pallier en adoptant des politiques de participation publique modernisées. L’idée supportant cet ajustement étant de quitter un système davantage ancré sur la possibilité de s’opposer à un projet vers une approche encourageant la participation citoyenne de façon à bonifier un projet et l’amener à un niveau dit acceptable.

Chose certaine, une fois les balises établies, cela exigera des élus municipaux de revoir sérieusement leurs processus de consultation en place et de bien les communiquer.

L’approche est certes intéressante, mais, concrètement, comment y arriver? Pour guider les municipalités, le gouvernement du Québec a mis en place un groupe de travail ayant pour mandat de définir une vision concertée des meilleures pratiques en matière d’«urbanisme participatif». Ses membres ont constaté que la tâche ne sera pas simple, n’arrivant pas à établir un consensus sur les mécanismes à proposer pour remédier à l’absence du processus d’approbation référendaire.

Chose certaine, une fois les balises établies, cela exigera des élus municipaux de revoir sérieusement leurs processus de consultation en place et de bien les communiquer. Des processus qui ont souvent peu évolué au fil des années ont assurément contribué au désintérêt des citoyens et au réflexe de certains de miser davantage sur le mécanisme d’approbation référendaire pour faire entendre leur voix.

Seule la présence de processus rigoureux, crédibles, inclusifs et adaptés au contexte propre des projets et des communautés favorisera une participation constructive des citoyens et la confiance de ces derniers envers leurs élus. On peut en effet difficilement espérer qu’un projet accompagné d’un processus de consultation bâclé soit reçu positivement par la communauté.

C’est la raison pour laquelle il y a beaucoup à faire au chapitre des communications. Une contribution optimale des citoyens nécessite au préalable de leur transmettre toute l’information requise entourant un projet, dans un format adéquat et au moment opportun. Les élus devront nécessairement modifier leurs façons de communiquer avec leurs concitoyens.

Une contribution optimale des citoyens nécessite au préalable de leur transmettre toute l’information requise entourant un projet, dans un format adéquat et au moment opportun.

Les mécanismes consultatifs revus et modernisés devront assurer une participation plus significative des citoyens, mais aussi mieux éclairer les élus appelés à prendre et à défendre des décisions qui, en l’absence de référendum, leur reviendront. Car certains projets, même soumis à la participation citoyenne et scrutés avec ouverture, devront être refusés puisqu’ils ne seront pas jugés acceptables par les communautés concernées.

Un défi de taille attend donc les maires et conseillers municipaux au lendemain du 5 novembre prochain. Ils devront assurer un leadership important dans cette sphère, puis communiquer clairement leurs intentions. Surtout, il s’agit pour les municipalités d’une occasion d’innover, à la fois dans leurs communications et leurs processus consultatifs, dans le but de raviver l’intérêt et la participation de leurs citoyens.  

---

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

comments powered by Disqus