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Un éléphant dans la pièce

Élyse Arcand Membre du Collectif Communication Citoyenne (C3) et consultante, Des communications qui font mouche

Nous avons écouté avec grand intérêt la vidéo de présentation de 30 jeunes communicateurs prometteurs qui parlent d’avenir, mise en ligne par Infopresse le 13 février dernier. Ils sont brillants, dynamiques, rafraîchissants, lucides, ouverts, pourtant on reste préoccupé à l’issue de ce visionnement de près de vingt minutes où jamais le sujet chaud de l’heure, et c’est le cas de le dire, n’a été abordé.

Dans la vidéo présentée, on retient que c’est «Business as usual» dans le merveilleux monde des communications, alors que le réchauffement climatique et ses conséquences déjà tangibles pour les collectivités font quotidiennement la une de l’actualité. On sent pourtant le non-dit, les tentatives timides, la prémisse d’une remise en question fondamentale chez ces jeunes professionnels allumés qui se questionnent nécessairement sur la forme que prendra leur métier dans les années qui viennent.

C’est unanime dans la communauté scientifique et sur toutes les tribunes crédibles, l’activité humaine, la surconsommation et l’exploitation toujours croissante des ressources sont au banc des accusés et, par ricochet, l’industrie de la publicité qui est à leur service. Il faut enfin prendre conscience de l’éléphant dans la pièce. La communication responsable est désormais incontournable dans toutes les sphères de la pratique, elle n’est plus un luxe, du pro bono qui apaise les âmes ni se limite à des campagnes sociales de prudence au volant.

Après le virage majeur dicté par l’avènement des médias électroniques, l’industrie des communications s’apprête à vivre les bouleversements les plus décisifs de son histoire, alors que la réduction de notre consommation est désormais une question de survie pour l’humanité. Qui peut aujourd’hui avaler, la conscience vraiment tranquille, ces publicités de VUS qui gravissent les pentes de ski, s’agitent inutilement dans un enclos tel des chiens fous ou abiment des plages immaculées, en glissant sous le tapis les revers de nos excès? La publicité vend du rêve et de l’émotion certes, mais pourrions-nous le faire sans entretenir cette dissonance cognitive et ses dommages, qui au bout du compte, ne dupent plus personne?

À l’heure où les jeunes diplômés en marketing ont dans leur bagage académique un cours obligatoire sur le développement socialement responsable qui leur fait valoir l’urgence d’ajuster le tir, comment les accueillir dans une industrie qui occulte (dans cette vidéo, du moins) les changements de fond auxquels elle est confrontée? La communication aura toujours sa place et un impact d’influence bien réel, mais il est plus que temps de la cadrer dans la réalité incontournable de la consommation responsable. Il est fort à parier que cette nouvelle économie saura continuer à bien faire vivre l’industrie de la communication, cette fois dans la perspective d’une vie intrinsèquement satisfaisante et d’un environnement de qualité pour tous.

 

Ce texte fait partie d’une série de publications sur la marque citoyenne produite par le Collectif Communication Citoyenne (C 3 ), un réseau d'experts multidisciplinaires sur la communication responsable mis sur pied par le Réseau des femmes en environnement.

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.