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La campagne «AniMAL» de la SPCA censurée par la STM

Elise Desaulniers Directrice générale, SPCA de Montréal

La décision est tombée et sans appel. La campagne AniMAL de la SPCA de Montréal a été refusée par la Société de transport de Montréal. La STM n’est «pas confortable» avec le message et le visuel véhiculés. Pendant que le bacon d’une chaîne de déjeuners tapisse les murs du métro, il n’y a pas de place pour la photo d’un cochon vivant ou d’un outil qui sert à castrer les veaux.

Conçue par l’agence Upperkut, l'offensive vise à sensibiliser le public à une réalité trop peu connue et à interpeler les candidats aux élections québécoises sur le sujet: la souffrance des animaux de ferme.

l'une des affiches de la campagne animal de la spca, développée par upperkut.

Un vide juridique

En 2015, le Code civil du Québec a été modifié afin que les animaux soient reconnus comme des êtres sensibles. Ce nouveau cadre juridique était censé protéger tous les animaux des pires abus. Dans les faits, notre loi québécoise en matière de bien-être animal prévoit une exemption quasi complète pour les activités agricoles: tant qu’une pratique est employée par une part importante de l’industrie, elle est légale. Un peu comme si le secteur manufacturier établissait lui-même ses normes environnementales.

C’est la raison pour laquelle plusieurs méthodes cruelles, comme la castration à froid des veaux et des agneaux, sans anesthésie ni analgésie, ou le confinement des truies dans des espaces si restreints qu’elles ne peuvent se retourner, ont cours de façon routinière sur les fermes. Ces mêmes pratiques seraient parfaitement illégales si des chiens ou des chats y étaient soumis et sont interdites ailleurs dans le monde.

La situation est préoccupante. C’est la raison pour laquelle la SPCA de Montréal demande aux citoyens d’interpeler leurs candidats pour leur demander de prendre enfin leur responsabilité. Plutôt que de laisser les lois du marché dicter comment les animaux peuvent être traités, le gouvernement doit poser des balises juridiques et énoncer clairement ce qui est légal et ce qui ne l’est pas.

Ne pas être confortable et se fermer les yeux

Est-ce que la STM aurait censuré avec le même empressement une campagne qui dénonce la cruauté envers les chats et les chiens?

Difficile à dire, mais j’ai tendance à croire que non. Nous sommes conditionnés à voir les cochons comme des instruments pour produire du bacon et les chats comme des machines à ronrons et à likes. 

Tout autour de nous nous rappelle qu’il est normal, naturel et nécessaire de manger de la viande. Les bouchers avec des couteaux nous font saliver. À côté d’eux, les outils servant à castrer les agneaux nous choquent. Les images de cochons dans leur cage nous rendent inconfortables.

Pourquoi? Parce qu’il est impossible de concilier l’idée que ce cochon souffre avec le bon goût du bacon dans son sandwich déjeuner. En montrant l’envers du décor, les messages comme ceux de la SPCA de Montréal dérangent l’ordre établi. Pour continuer de regarder la tranche de bacon avec envie, il faut mettre les militants pour la défense des animaux dans la case des extrémistes, se dire que ça ne peut pas être si pire chez nous, fermer les yeux. Ou simplement censurer la campagne comme vient de le faire la STM.

Le mois dernier, 72% des Québécois disaient vouloir que la question animale devienne un enjeu électoral. Depuis le lancement de la campagne AniMAL affichée dans le réseau de publicité sauvage la semaine passée, près de 4000 personnes ont écrit aux candidats des différents partis politiques pour qu’ils s’engagent à protéger les animaux.

Contrairement à ce que semble croire la STM, les Québécois sont prêts à regarder la réalité en face et à demander au gouvernement qu’il prenne ses responsabilités.

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.