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Lettre ouverte à l'industrie publicitaire

Chris Bergeron Directrice de création, expérience et contenus, Cossette

Face au climat actuel, le temps est à l’action. En tant que professionnels des communications, nous devons assumer nos responsabilités.

Ce billet a été rédigé à titre personnel. 

Une question me turlupine depuis quelques jours: sommes-nous les bailleurs de fonds de la haine? Qu’avons-nous fait et que faisons-nous face à la montée des radio-poubelles? Face à la radicalisation de certains chroniqueurs? Allons-nous rester impassibles lorsqu’un Breitbart verra le jour au Québec? Si la tendance se maintient, ce sera pour bientôt.

Vous me direz: «Avons-nous vraiment le droit d’influencer les médias? N’avons-nous pas, comme obligation, d’être impartiaux?»

Oui et non. Certes, nous ne sommes pas des éditorialistes et nous ne sommes pas garants de la qualité des médias dans lesquels nous réalisons nos placements. La presse doit être libre. Nous sommes, par contre, responsables de leur santé financière. Nous influençons déjà les médias. Et pas toujours dans le bon sens.

Certes, nous ne sommes pas des éditorialistes et nous ne sommes pas garants de la qualité des médias dans lesquels nous RÉALISONS nos placements. La presse doit être libre. Nous sommes, par contre, responsableS de leur santé financière.

Aujourd’hui, les médias manquent d’oxygène. Plus que jamais, ils cherchent des clics, de l’auditoire, ils étouffent. Pour certains, la réponse est dans le divertissement inoffensif et un peu abrutissant, d’autres sont poussés vers l’opinion choc. Dans les deux cas, l’information et la culture en pâtissent. Avec nos dollars médias, nous pouvons accélérer cette tendance. Nous pouvons continuer de valider la mort de l’objectivité journalistique et d'amplifier la débâcle des vrais faits.

L’inverse est aussi possible. Mais comment?

D’abord: la carotte. Valorisons le contenu stimulant et intelligent, montons des projets qui poussent les valeurs progressistes et démocratiques, puis vendons-les à nos clients annonceurs. Après tout, nous sommes tous d’excellents vendeurs.

Faisons de la pub responsable, du placement responsable. Demandons aux réseaux sociaux de revoir leurs algorithmes. 

Redorons le blason de l’intelligence et de la sensibilité. On fera peut-être moins de jokes, on gagnera peut-être moins de prix. Too bad.

Et puis, le bâton: je propose l’établissement d’un conseil de sécurité médiatique. Une sorte d’Organisation des agences unies (OAU) dont l’objectif serait d’être le bras armé du Conseil de presse et des autres organismes officiels de protection du journalisme de qualité.

Redorons le blason de l’intelligence et de la sensibilité. On fera peut-être moins de jokes, on gagnera peut-être moins de prix. Too bad.

En cas de multiplication de discours haineux, en cas de propagation répétée de «faits alternatifs», ce conseil pourrait décider d’appuyer sur le bouton rouge. Et là, couic, on fermerait le robinet. On couperait les fonds à la haine.

Tout d’un coup, le sensationnalisme ne paierait plus. L’OAU pourrait livrer des avertissements, des sanctions et, éventuellement, passer à l’action. Ces décisions seraient prises, comme à l’ONU, par un vote d’experts reconnus et impartiaux, journalistes, relationnistes, publicitaires, élus par leurs pairs. Il faudrait être juste et droit, et ne pas déraper. Il faudrait, bien sûr, que toutes les agences médias y souscrivent.

Je sais, je rêve. Mais entre vous et moi, c’est un beau rêve, non?

On le fait?

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

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