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Frédéric Lalonde: redéfinir les paramètres du voyage

Frédéric Lalonde a mis six ans pour rassembler les mégadonnées et construire la plateforme Hopper, mais trois pour que l'application se fraie une place plus qu’enviable dans le cœur - et la main - des voyageurs et des investisseurs. Son entreprise achève une nouvelle ronde de financement à hauteur de 128 millions$, l’une des cinq plus importantes en capital de risque au pays. 

Après avoir vendu Newtrade à Expedia en 2002, une entreprise émergente ayant établi la  connectivité dans les cercles d’hôtels, Frédéric Lalonde, cofondateur et président-directeur général de Hopper, a travaillé pendant quatre ans chez son désormais compétiteur où il a appris à échafauder les produits consommateurs, qui sont au coeur de la plateforme lancée en 2015. 

Déjà l’application de réservation de billets d’avion la plus téléchargée en Amérique du Nord, avec 30 millions de téléchargements en 2017, les ventes de l'entreprise québécoise frôlent les deux millions$ au quotidien. Hopper s'apprête à passer la barre du milliard de dollars cette année. 

«Les utilisateurs d’Hopper économisent de l’argent plus tôt, ceux qui procrastinent paient plus cher.»

Écosystème fermé, conversation individuelle avec l’utilisateur, planification de voyage de 30 à 60 jours plus tôt: l’idée derrière la plateforme est d’informer le consommateur par des notifications qu’il est temps de réserver son billet d’avion ou sa chambre d’hôtel. Et Hopper connaît très bien ses utilisateurs. Elle entre contact avec eux tous les quatre jours pendant 90 jours en moyenne, de 30 à 40 fois pendant la planification du voyage.

L’application permet ainsi aux voyageurs d’économiser de l’argent et du temps, puisque l’intelligence artificielle de la machine et sa puissante capacité d’apprentissage automatique font tout le travail, dans une exactitude de prix et de recommandations de 95%. «Les utilisateurs d’Hopper économisent de l’argent plus tôt, ceux qui procrastinent paient plus cher», résume Frédéric Lalonde. 

Hopper offre un avantage concurrentiel inexploré, alors que le comportement d’achat du voyage se voit transfiguré par cette nouvelle structure organisationnelle. Parce que l’application fonctionne différemment, elle cible les consommateurs à un moment tout aussi différent. «On vise les gens qui ne cherchent pas à voyager immédiatement, mais qui vont voyager prochainement», précise Frédéric Lalonde. Et dans 50% des cas, ils se voient convaincus et ne retourneront pas dans Google taper «vol pas cher pour Paris».

​Cette nouvelle ronde de financement porte la jeune pousse à un soutien total de quelque 235 millions$. 

Ce principe a également séduit une poignée d'investisseurs. L'entreprise en démarrage a récolté 82 millions$ en 2016, une année charnière pour Hopper, selon Frédéric Lalonde. «On a connu une croissance explosive, passant d'une société qui ne générait presqu'aucun revenu à près d'un millions$ par jour dans 120 pays.» Elle est désormais dispersée un peu partout, avec des bureaux à Montréal, Boston, New York et Sofia, comptant près de 200 employés.

La Caisse de dépôt et placement du Québec, Accomplice, Brightspark Ventures, Investissement Québec, le Fonds TI de BDC Capital de même qu’un nouvel investisseur, Citi Ventures, ont participé à ce nouveau tour de table, portant la jeune pousse à un soutien total de quelque 235 millions$.  

Même si les organisations technologiques «habitent dans l’univers parallèle du capital de risque», les investissements reposant essentiellement sur son potentiel futur, les investisseurs tablent sur «la taille de l’opportunité, répond Frédéric Lalonde. Le voyage dans le monde, c’est 1400 milliards$ par année, soit 14% de PIB de la planète. On est numéro un dans un segment qui est lui-même à 20% de croissance année après année.»

Hopper s'apprête à passer la barre du milliard de dollars en ventes cette année. 

Hopper figure ainsi au 33e rang des 50 entreprises internationales les plus innovantes du palmarès 2018 du magazine d'affaires américain Fast Company. Pour Frédéric Lalonde, ce genre de distinction permet à une entreprise comme la sienne de demeurer à propriété canadienne, tout en engageant les meilleurs programmeurs de Facebook et Google par exemples, à l’étranger. Pas question de financer des entreprises étrangères à coup de crédit d’impôt pour qu’elles viennent piger dans les talents locaux, donc. C’est plutôt le contraire qui doit être fait, rappelle l’entrepreneur.

Dans l'optique de doubler l'effectif dans la prochaine année, les fonds de la société propulseront les initiatives d’embauche de Hopper, ainsi que l’internationalisation de son application. Elle a ajouté en janvier dernier 47 transporteurs aériens à bas prix en Europe, ainsi que les Hopper Home à Los Angeles à la mi-août. Sans oublier l’Australie, premier marché ciblé en vue d’un lancement international, en plus de l’ouverture de bureaux régionaux en Europe, en Amérique latine et en Asie du Sud-Est.