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    Leadership féminin: «Il faut savoir parler plus fort»

    À son arrivée chez Yves Rocher en 2016, Nathalia del Moral Fleury dirigeait une équipe de six personnes. Trois ans plus tard, elle en compte 350 et est devenue directrice générale de la marque en Amérique du Nord à seulement 32 ans. Retour sur cette ascension fulgurante et sa vision du leadership au féminin.

    À quoi attribuez-vous votre nomination à la direction générale de l’Amérique du Nord chez Yves Rocher?

    J’ai étudié en design graphique et en administration des affaires. Parmi mes expériences professionnelles, j’ai travaillé comme maquilleuse chez L’Oréal et Bodyshop, mais également chez Cossette. J’ai aussi trois nationalités: mexicaine, canadienne et française, et lorsqu’un chasseur de têtes m’a approchée, Yves Rocher cherchait alors quelqu’un qui pouvait chapeauter le marketing dans ces marchés. Étrangement, mon CV correspondait presque parfaitement à leurs exigences pour le poste.

    Même si Yves Rocher est une grande entreprise internationale, chaque filiale est gérée de façon entrepreneuriale. Ainsi, au fil de mes rencontres avec les équipes du Mexique, du Canada et de la France, j’ai pu discuter avec des hauts dirigeants, qui m’ont permis d’obtenir beaucoup d’informations pour mettre sur pied des projets de développement des affaires et établir une vision à long terme. C’est une chance pour une personne jeune comme moi d’avoir eu une telle visibilité.

    Par la nature même de notre industrie, celle-ci aurait dû être en avance sur la représentation des femmes à la direction.

    C’est aussi grâce à mon patron de l’époque, Jean-David Schwartz, ancien directeur général pour le marché que je dirige actuellement, qui m’a accompagnée et m’a donné l’espace nécessaire pour me réaliser. Il a vu le potentiel en moi pour la direction générale et m’a montré que j’étais capable, même si je n’étais pas certaine de pouvoir y arriver moi-même.

    Diriez-vous que l’accès à des postes de direction dans l’univers des cosmétiques est plus facile pour les femmes que dans d’autres secteurs?

    C’est sûr que si je compare avec les domaines financiers et juridiques, on peut dire qu’il y a plus de femmes dans notre milieu. Il demeure que le ratio entre dirigeantes et employées n’est quand même pas représentatif.

    Si on regarde aujourd’hui chez Yves Rocher en Amérique du Nord, pratiquement 90% des employés sont des femmes. Cela s’explique en grande partie par la nature du métier qui en attire plus. Mais lorsqu’on regarde les dirigeants des entreprises de cosmétique dans le monde en général, ce n’est pas nécessairement le cas, même si de plus en plus de femmes prennent la tête de ces entreprises, comme dans d’autres secteurs.

    Par la nature même de notre industrie, celle-ci aurait donc dû être en avance sur la représentation des femmes à la direction. Cela étant dit, je suis fière de pouvoir compter sur un comité de direction qui est 100% féminin, même si ce n’était pas l’objectif de départ. Ce n’est pas le cas dans d’autres filiales d’Yves Rocher dans le monde. Nous devons donc continuer de travailler ensemble pour y arriver.

    Avez-vous eu des défis à relever comme femme pour faire votre place sur le marché du travail?

    Lorsque j’ai accepté le poste chez Yves Rocher, je n’étais pas consciente de la chance que j’avais de jouir d’aptitudes dites plus «masculines». J’entends par là le fait que j’ai envie de prendre la parole, je parle plutôt fort, je suis présente autour de table, j’aime négocier et je suis ambitieuse. Attention, je ne dis pas que ce sont les hommes sont masculins ou que les femmes sont féminines, j’essaie de caractériser certains comportements pour analyser la situation. Je me suis rendu compte que ça avait été plus facile pour moi en raison de ces attributs-là.

    Si on regarde aujourd’hui chez Yves Rocher en Amérique du Nord, pratiquement 90% des employés sont des femmes. 

    J’ai lu le livre de Sheryl Sandberg, et en le terminant, j’ai réalisé les embûches que certaines femmes qui ne possèdent pas ces caractéristiques ont dû vivre dans leur carrière. C’est là que j’ai constaté qu’il y avait un problème et que celui-ci existe toujours. Il faut continuer à évoluer et faire comme Jean-David Schwartz a fait pour moi: m’encourager et faire fi de nos biais humains. C’est ce que je m’efforce de faire avec mes équipes et d’avoir cette écoute-là pour les pousser plus loin.

    Quelle est votre vision du leadership?

    Ma vision, je ne l’ai pas développée seule, loin de là. Chacune des sept femmes que compte mon comité de direction dirige leur équipe. Je suis vraiment là pour faciliter leur travail, les accompagner. J’essaie d’inspirer les gens en étant authentique et en incarnant les valeurs de la marque au quotidien.

    J'envisage mon rôle de leader comme une facilitatrice qui appuie les membres de mon équipe dans leurs fonctions.

    À l’annonce du poste, j’avais peur que mes collègues me trouvent trop jeune. Je craignais de ne pas être à la hauteur. Mais honnêtement, c’était une crainte non fondée: chacun a trouvé sa place, en partie parce que mon style de gestion est justement axé sur la confiance et le soutien. C’est sûr que si j’avais adopté une attitude de gestionnaire qui veut tout décider et faire du micromanagement, ça aurait sûrement moins bien passé.

    Chacune est experte dans son domaine. J’ai bien défini mon rôle au sein de l’équipe et c’est ce qui a permis que ça fonctionne bien. Je suis aussi là pour leur partager ma vision à long terme et on la construit ensemble.

    Quels conseils donneriez-vous aux femmes qui souhaitent accéder à un poste de direction?

    Trop de femmes attendent d’être certaines de pouvoir faire quelque chose avant de se lancer. Elles souhaitent pratiquement avoir déjà fait le poste pour poser leur candidature! On apprend continuellement, il faut savoir vivre dans l’inconfort en se répétant que même si on ne connaît pas la solution à un problème, on va la trouver, parce qu’on est intelligente.

    Je dirais aussi de faire confiance aux gens qui vous disent que vous êtes bonne et capable: ils ont aussi une vision que vous n’avez pas de ce que ça prend pour accomplir cette fonction. Si vous échouez, vous l’aurez essayé et saurez pourquoi vous n’avez pas les aptitudes requises.

    Un autre point important, c’est de parler plus: de vos ambitions, mais aussi carrément dans votre quotidien, au travail. Quand on est autour d’une table et qu’on discute de sujets chauds, donnez votre opinion, faites-vous entendre. C’est comme ça qu’on se fait remarquer.