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«Mammouth pourrait devenir un mouvement qui dépasse la télévision»

Imaginé avec l'agence Cossette, l'événement Mammouth de Télé-Québec s'est distingué au concours Créa 2019 en remportant le Grand Prix Créativité - Engagement. Denis Dubois, directeur général des programmes de Télé-Québec, fait le point sur les deux dernières années et les développements futurs.

Pouvez-vous revenir sur la genèse de Mammouth, votre programme annuel consacré aux jeunes de 12 à 17 ans?

denis dubois

télé-québec

Aujourd’hui, Télé-Québec est très regardée par les enfants de 2 à 11 ans. L’objectif de Mammouth était de capter l’attention de la tranche suivante, de 12 à 17 ans. C’est un public que la télévision perd, avant de le retrouver quelques qnnées plus tard. Fort de ce constat, Télé-Québec a souhaité mettre en place la stratégie du pied dans la porte, c’est-à-dire de ne pas perdre le contact avec ce public grâce à un programme télévisuel qui suscite de l’engagement.

Quelles stratégies avez-vous mis en place pour capter un public qui, traditionnellement, délaisse la télévision?

Premièrement, nous avons invité ce public à participer activement à l'émission et avons favorisé les interactions. Mammouth est un programme fait par et pour les adolescents québécois. Ensuite, nous avons innové dans sa construction. Le format télévisuel linéaire correspond moins à leurs usages mais est un mal nécessaire pour nous, car toute notre industrie est financée via ce modèle. À nous de segmenter au maximum le show Mammouth pour que les contenus puissent voyager librement et de façon indépendante sur des plateformes comme YouTube, Facebook ou Instagram et puisse capter ce public. Notre plus grand malheur serait que Mammouth devienne une émission pour adultes.

En deux ans, vous avez fédéré une importante communauté autour de cet événement. Quelles stratégies comptez-vous adopter pour le faire vivre à l’année?

«L’idée d’une "tournée Mammouth" est un premier élément de réponse à notre problématique. »

Nous souhaitons que Mammouth devienne un mouvement annuel qui se termine par des festivités réunissant notre public.  Ce programme doit susciter de l’engagement au sens large. L’idée d’une «tournée Mammouth» est un premier élément de réponse à notre problématique. Cela deviendrait un mouvement, un engagement à long terme qui dépasse la télévision.

Aujourd’hui, le principal enjeu que nous rencontrons est financier. Les gouvernements devraient investir dans ce programme, car nous proposons un véritable moment de réflexion à destination de la jeunesse. À titre personnel, je rêve d’une Fondation Mammouth qui aiderait les jeunes à s’investir. Aujourd’hui, nous devons continuellement partir à la recherche de clients, d’annonceurs qui ont le goût de s’impliquer tout en donnant du sens à ce programme.

Année après année, le public adolescent évolue. Comment faire pour se renouveler?

Nous aimerions par exemple faire une tournée des écoles et organiser des consultations auprès des jeunes. Plus notre démarche sera engageante, plus le contenu qui sera véhiculé viendra d’eux. Cela nous permettrait également de mieux nous renouveler et d’inspirer nos équipes à l’interne. Grâce à Mammouth, nous avons une revue annuelle des goûts et des préoccupations de ce public. Toute cette matière peut s’intégrer dans la stratégie générale de Télé-Québec.

Pour conclure, comment souhaitez-vous que le monde de la télévision évolue pour répondre aux envies et aux préoccupations du public adolescent?

«À Télé-Québec, pas une seule émission jeunesse n'est diffusée sans que nous ayons réfléchi au préalable à son impact pédagogique»

La diminution de l’écoute de la télévision chez les adolescents n’est pas un phénomène nouveau. Les professionnels ne doivent pas s’affoler et continuer à s’intéresser à eux. Si ce public ne vient plus à nous, c’est aux chaînes d’aller vers eux en se réinventant et en trouvant de nouvelles manières de raconter des histoires. La télévision peut encore les émouvoir, de les toucher. Nous n’avons pas d’autres choix que de nous remettre en question. Dans le même temps, ne perdons pas de vue notre rôle d’éducateurs. Parfois, nous voyons la télévision comme du rattrapage et publions du contenu en primeur sur le web. Avec cette démarche, les enfants perdent le goût d’espérer quelque chose. Dans une société où tout est instantané, n’abandonnons pas cette notion d’attente. Oui, il faut être à l’écoute, mais sans pour autant laisser de côté certaines valeurs. À Télé-Québec, nous endossons cette responsabilité d’éducateur. Il n’y a pas une seule émission jeunesse qui soit diffusée sans que nous ayons réfléchi au préalable à l’impact pédagogique. C’est le cas de Mammouth, programme où nous avons voulu valoriser les jeunes, leur donner de l’espoir et le goût de s’engager.