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Renoncer à la connexion, après 17 heures

Si une majorité de dirigeants du domaine des technologies estiment pouvoir s'affranchir de leurs courriels, leurs employés, eux, en sont moins certains, selon une récente étude de la firme Robert Half Technology. 

La majorité des dirigeants d'entreprises conçoivent aisément les bienfaits de la déconnexion: 58% des leaders du domaine des technologies appuieraient probablement un «couvre-feu de courriels» après les heures «normales» de bureau, révèle une récente étude de la firme Robert Half Technology. Pourtant, 43% des travailleurs croient que leur superviseur n’appliquerait pas nécessairement une telle mesure.

«Les superviseurs devraient encourager leur personnel à définir des périodes de réel décrochage et de recharge.» 

Quelque 80% des dirigeants d’entreprise consultent leurs courriels au moins une fois par jour pendant leurs vacances, rapportait un sondage mené par CPA Canada, en 2018. Et près du quart travaillent fréquemment, voire constamment, sept jours sur sept. «Les superviseurs devraient encourager leur personnel à définir des périodes de réel décrochage et de recharge, en prêchant par l'exemple», prévient Deborah Bottineau, directrice de district pour Robert Half Technology.

Des mesures légales?

Le 1er janvier 2017, la France a reconnu le droit à la déconnexion, imbriqué à même la loi El Khomri ou loi Travail. Il prévoit l’obligation pour les entreprises de plus de 50 salariés de réguler l’utilisation des outils numériques, puisque la prévention de la dissolution de la frontière entre vie privée et vie professionnelle est aussi un enjeu de santé publique. «Avoir un outil numérique à sa disposition serait un facteur de stress pour 51% des salariés français», pouvait-on lire dans Libération.

Québec Solidaire déposait le 22 mars 2018, un projet de loi sur ce même droit à la déconnexion pour les travailleurs. La politique devrait plus précisément «déterminer les moments durant lesquelles un salarié a le droit d’être coupé de toute communication relative à son emploi sur une base hebdomadaire et prévoir un protocole d’utilisation des outils de communication en dehors des heures de travail», fait valoir le projet de loi.

Le gouvernement fédéral canadien examine toujours l’idée d’un changement similaire aux normes, alors qu’il annonçait la mise sur pied d’un comité d’experts indépendants chargés d’étudier les enjeux plus complexes en milieu de travail, dont le droit à la déconnexion.

État continu d'attention partielle

«Bien que certains types de communication demeurent inévitables, le fait de répondre fréquemment à des demandes ou des courriels au-delà des heures normales peut mener au surmenage», souligne Deborah Bottineau. Résultats? Des employés moins productifs, moins créatifs et moins impliqués.

«Aujourd’hui, il n’y a pas de dualisme entre le monde réel et numérique. Les deux sont profondément imbriqués.»

L’«état continu d'attention partielle» qui induit un sentiment artificiel de crise perpétuelle est décrié par nombre d’experts. Déjà en 1998, Linda Stone, ex-cadre chez Apple et Microsoft, soulevait le problème, note CPA Canada. «Une trop grande accessibilité nous rend, au bout du compte, inaccessibles.»

Pas étonnant, donc, que près de la moitié des travailleurs résisteraient mal à la tentation de vérifier leurs courriels après les heures de bureau, toujours selon Robert Half Technology.

«En agence, on reçoit de 50 à 100 courriels par jour, expliquait Fabien Lozasch dans une précédente entrevue. Cette technologie qui devait nous faire gagner un temps fou en fait finalement perdre beaucoup.» Puisque tous sont bombardés de contenu devant la multiplication des objets communicants, le sociologue spécialiste de la culture et des imaginaires sociaux et vice-président numérique d’Ogilvy Canada croit qu’il faut trouver des solutions organisationnelles pour diminuer les échanges virtuels. «Aujourd’hui, il n’y a pas de dualisme entre le monde réel et numérique. Les deux sont profondément imbriqués.»

 

*Le sondage en ligne a été mis au point par Robert Half Technology et mené par une firme de sondage indépendante. Le rapport est fondé sur les réponses de plus de 500 travailleurs canadiens âgés de 18 ans ou plus travaillant dans des bureaux et de 270 décideurs en TI au Canada.