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    «L'avenir de la gestion des talents passera par la collaboration»

    Avec les nouvelles générations de diplômés qui ont l'embarras du choix et leur désir d'une plus grande autonomie, les entreprises n'auront d'autre choix que d'adapter leur structure organisationnelle pour les attirer. Entrevue avec Bertrand Cesvet, président-directeur général de Sid Lee, qui propose des solutions pour l'avenir. 

    Bertrand Cesvet a récemment donné une allocution devant le Cercle canadien à Montréal, qui rassemblait bon nombre de grandes entreprises pour discuter de la compétitivité de Montréal en matière d'innovation et de créativité. 

    bertrand cesvet

    sid lee

    Devant des dirigeants qui sont tous aux prises avec des transformations majeures dans leur secteur d'activités, il a expliqué que certains établissements universitaires, comme l’ÉTS, constataient que plusieurs étudiants ne terminaient pas leurs études tellement leur champ de compétences est convoité. Et c'est sans compter tous les grands joueurs internationaux de l’innovation qui jettent leurs pénates à Montréal pour exploiter ces talents. Une bonne nouvelle, certes, mais qui vient avec son lot de défis. «Clairement, les règles du jeu ont changé et on doit s’adapter.»  

    À cela s'ajoute la réalité du marché de l'emploi où on observe que de plus en plus de personnes cherchent la liberté et l'autonomie dans leur travail et ne veulent plus s’engager à long terme avec une entreprise. Ainsi, des personnes veulent à la fois travailler comme designers, mais aussi faire de l’art contemporain, donne-t-il en exemple. «Ou encore, des ingénieurs caressent le projet de démarrer une startup.»

    D'ailleurs, selon une étude de Stylus de 2017, 47% des millénariaux disent préférer travailler à temps partiel pour consacrer du temps à des projets personnels. «On estime de plus que globalement, la main-d'oeuvre mobile représentera 42,5% du milieu professionnel en 2022 – et 39% d’entre eux voudront être pigistes ou entrepreneurs», précise-t-il.

    Et c'est d'autant plus difficile dans le monde des communications-marketing, puisque à même ces 45%, ce ne sont, de son avis, nécessairement pas la totalité des candidats qui souhaitent travailler dans cette industrie. «L'accès aux ressources est encore plus limité et le bassin de talents, de plus en plus réduit. Et si on a juste une option à proposer aux intéressés, soit le travail à temps plein tel qu'on le connaît, on n'y arrivera pas à moyen terme.»

    Repenser les relations de travail

    L'idée, mentionne Bertrand Cesvet, n'est pas de dire que la solution se trouve dans la pige, qui fait déjà partie de l'univers du travail. «En ce moment, le modèle du marché du travail est principalement binaire: tu es salarié en entreprise ou tu es pigiste, mentionne-t-il. Je souhaiterais voir apparaître une nouvelle forme d'emploi.»

    Le vecteur de gestion de talents passerait selon lui par les communautés, soit celles qui ne sont généralement pas intéressées à l'industrie des communications-marketing, mais à qui il devient impératif de proposer quelque chose de différent. 

    Une anthropologue spécialisée dans la compréhension des gens du troisième âge, par exemple, ne pensera pas se tourner vers ce type d'industrie comme milieu de travail. «Ces experts-là ne feront souvent pas partie d'une grande communauté créative et ne seront donc pas appelés à résoudre certains types de problèmes», souligne-t-il.

    «Il faut donner accès à ces gens à quelque chose en retour: dans notre cas, l'environnement, des projets intéressants, mais aussi notre culture, notre marque... particulièrement lorsque celle-ci est forte comme la nôtre.» 

    Mais en plus d'élargir le bassin d'expertises, le PDG pense à une autre piste de solution: les partenariats avec les clients. 

    «Le Cirque du Soleil, notamment, a toujours adopté une approche de studio, mais à un certain moment, il ne veut pas non plus se retrouver avec une équipe de création qui réalise les spectacles du Cirque du Soleil, puis s'en va en réaliser d'autres à Moment Factory, puis à Lune Rouge, donne-t-il en exemple. En partenariat avec cette communauté-là, Sid Lee et le Cirque pourraient ainsi se tourner vers certaines ressources et leur proposer un modèle qui les intégrerait dans les deux organisations avec le temps qu'ils ont à leur donner. «On s'arrangerait pour que ce soit une expérience commune.» 

    De cette manière, il serait possible, notamment, de mettre la main sur une dizaine de ressources bien précises, voire même des sommités de partout dans le monde, qui seraient normalement trop chères, mais qui pourraient être partagées.

    Concrètement, ça passerait par des détails, mais qui font toute la différence, comme de leur donner le plein accès aux bureaux de son entreprise. Des genres de VIP qui peuvent passer lorsqu'ils le souhaitent et qui pourraient même payer pour faire partie de cette «communauté», un peu comme certains le font en devenant membres de WeWork, des espaces de travail partagés.

    L'économie à la demande («gig economy»), dans laquelle des travailleurs indépendants travaillent à des projets à court terme, présente le problème de ne pas stimuler de sentiment d'appartenance, élément essentiel, de son avis. «Pour que ces gens sentent qu'ils font partie de notre communauté, il faut qu'ils passent du temps avec nous et qu'ils aient accès à des ressources, à du savoir et à un écosystème de gens auxquels ils n'ont normalement pas accès.»

    Bertrand Cesvet croit toutefois que ces pistes de solution visent davantage la main-d'oeuvre très pointue ou spécialisée.