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La nutrition personnalisée: entre marque et génétique

L'industrie agroalimentaire et les entreprises spécialisées dans la génétique se lancent dans la nutrition personnalisée, afin de déterminer le régime alimentaire optimal répondant aux goûts et besoins propres à chaque personne. Une technologie qui pourrait bien faire saliver les consommateurs, selon Edelman

En septembre 2018, Nestlé lançait son programme Wellness Ambassador. Dans un Japon vieillissant où 27,2% de la population est âgée de plus de 65 ans, près de 100 000 «cobayes» du programme ont gracieusement expédié quelques échantillons de sang moyennant des gélules pour la confection de boissons ou collations enrichies, selon leurs caractéristiques génomiques propres.

Donna Battista

edelman

«La nutrition personnalisée existe depuis des dizaines d’années, le rôle des nutritionnistes et des diététiciens étant de développer des habitudes alimentaires adaptées à la constitution du patient», souligne Donna Battista, directrice principale de la pratique Marques chez Edelman, alors que la firme signe son nouveau rapport sur les tendances alimentaires pour l’année à venir.

Pour 2019, Edelman prévoit que les consommateurs s’intéresseront à cette nouvelle catégorie de produits s’appuyant sur l’analyse de données pour répondre à leur demande en matière de santé optimale. Ce que cette industrie avancera? «Une importante économie de temps», lance Donna Battista, considérant que la nutrition s’en remet beaucoup à l’essai-erreur.

En quelques tests, donc, la génétique dévoile «la santé cardiovasculaire, la réponse à l’activité physique, les déficiences nutritionnelles ou l’effet des glucides sur le poids», précise Katia Kononova, directrice de la pratique Santé chez Edelman.

Katia Kononova

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Deux sous-domaines à la nutrition personnalisée se distinguent: les services permettant de déterminer les besoins particuliers, comme la Californienne 23andMe, qui propose une analyse du code génétique puis l’offre de produits individualisés. Se multiplient ainsi les entreprises en démarrage travaillant dans le domaine de la génomique, mais surtout leur partenariat avec les géants de l’alimentation.

En 2016, Campbell Soup Company investissait quelque 32 millions$ dans Habit, entreprise en démarrage de San Francisco utilisant des échantillons d'ADN et de sang pour offrir des conseils en nutrition et donc, des repas sur mesure. Plus tôt en février, la multinationale vendait son acquisition à la startup spécialisée en microbiome Viome, pour un montant non divulgué.

Des questions éthiques 

Dans la foulée pourraient apparaitre des technologies connexes afin de soutenir la nutrition personnalisée. L’impression alimentaire qui «permet de quantifier la forme physique des produits, mais également ses besoins caloriques», est déjà dans la mire de plusieurs organisations comme Pepsi co et Barilla, selon Katia Kononova. Des repas aux apports nutritionnels parfaitement contrôlés et adaptés à des catégories d’individus particuliers pourraient être «imprimés».

Plusieurs questions quant à la montée de cette technologie ne peuvent toutefois être ignorées. Ses détracteurs accusent notamment le déterminisme génétique, selon lequel l’identité et l’avenir d’un individu seraient essentiellement, voire entièrement, déterminés par ses gènes. Puis, l’incontournable problème de la sécurité des données. L'initiative pourrait fournir aux entreprises une foule de données sur ses consommateurs, que les assureurs ou employeurs pourraient bien vouloir acheter à grands frais.

En raison des coûts élevés associés à ce type d’analyse, les directrices d’Edelman estiment que la nutrition personnalisée atteindra d’abord l’élite, les célébrités et les influenceurs. Mais «si les consommateurs y voient des avantages, les compagnies suivront», fait cependant valoir Donna Battista.