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Le nouvel équilibre de Protégez-vous

Comment réorganiser son offre de contenu en ligne alors qu’informer ne semble plus un gage suffisant pour les médias? En additionnant l’accompagnement du consommateur à sa promesse de marque, le magazine Protégez-vous parie que les bénéfices des nouveaux services mis en place se concrétiseront dans les cinq prochaines années.

La transformation numérique de Protégez-vous a commencé il y a une dizaine d’années, alors que les ventes de magazines imprimés commençaient à se faire bousculer par le numérique.

«Informer, c’est bien. Le faire rigoureusement, c’est encore mieux, croit Sylvain Masse, directeur général de Protégez-vous. Mais accompagner le consommateur jusqu’au bout du processus d’achat, c'est réellement ce qui allait susciter un sentiment d’appartenance envers la marque.» 

sylvain masse

protégez-vous

L’organisme sans but lucratif entend ainsi assister son lectorat dans ses décisions de consommation «pour lui faire gagner temps et argent», par de l'information, certes, mais aussi de services.

Bon pour la communauté, bon pour les marques

À l’époque du magazine de papier, Protégez-vous recevait de 4000 à 5000 avis par année attribuables au sondage joint à l’intérieur du numéro. «Les gens ont envie de donner leur opinion», soutient Sylvain Masse. Accompagnée de l’agence Kaliop, l’équipe a rebondi sur cet engagement pour créer du contenu sur ses plateformes numériques. Entre les sondages et questionnaires sur la fiabilité des marques, les données récoltées sont agrégées, puis refilées à la communauté et aux clients. «En plus de générer des revenus, l'on engage les utilisateurs et c’est bon pour les marques», précise Alexandra Blaison, directrice, service-conseil, de Kaliop.

Alors qu’il envoyait autrefois des mises en demeure aux marques pour les empêcher d’utiliser ses prescriptions, l’OSBL ajoute aujourd’hui ces sceaux de recommandation à son offre de services payants. Une association «naturelle et payante», selon Sylvain Masse, afin de pallier les pertes des ventes en kiosque. «Nous profitons des revenus et les marques de la visibilité.»

Protégez-vous propose également la résolution de conflits en ligne: produit clés en main pour la mise en demeure, amorce d’une négociation en quelques clics, en plus d’une aide juridique offerte par Assistance Avocats.

Le nouvel équilibre économique des médias?

«NOTRE CIBLE ÉTANT LE CONSOMMATEUR, L’AFFILIATION S’AVÉRAIT UNE DÉMARCHE NATURELLE.»

Si 80% des revenus du magazine reposent sur les abonnements, la moitié de ces recettes proviennent strictement du numérique. Devant les revenus effrités par les bloqueurs et la mainmise des GAFAM sur le marché publicitaire, Protégez-vous s’est retourné vers les partenariats d’affiliation entre annonceurs et éditeurs. La tendance fera davantage partie du paysage médiatique dans les prochaines années, rappelle Jean-François Renaud, associé et cofondateur d’Adviso. «Un nouvel équilibre économique doit se créer pour les médias.»

Des chargés de projets rédigent les tests sur «les 25 meilleurs robots culinaires», par exemple, en incluant dans la fiche de chaque produit la liste des sites web des commerces où il a été repéré pendant l'étude de marché. Des liens cliquables vers les commerces participant au programme d'affiliation sont alors désignés par l'équipe de marketing. Pour chaque produit vendu, et même sur l’ensemble des achats générés via Protégez-vous dans le cas d’Amazon, un certain montant sera versé à l’éditeur.

Julie Gobeil, directrice des contenus et des communications de Protégez-Vous, rappelle que le programme d'affiliation est géré par l'équipe de marketing et de commercialisation. Les journalistes, étant membres de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, n'y sont pas liés, les règles de déontologie de la profession les empêchant d'intégrer ces liens dans leurs textes.

«Notre cible étant le consommateur, indique Sylvain Masse, l’affiliation s’avérait une démarche naturelle, surtout dans notre transition vers le numérique.» Une façon efficace d’aller chercher des profits, donc, alors que l’évaluation de produits faisait déjà partie de l’ADN de Protégez-vous, selon le directeur général. Il mentionne toutefois que l’OSBL n'effectue pas de placement de produits. «Cette pratique fait partie d’un tout. Ça pourrait devenir un problème si l'on en devenait dépendant.»

alexandra blaison

kaliop

«On parle beaucoup de référencement naturel et de campagne, explique Alexandra Blaison, mais dans les faits, 82% des utilisateurs optent pour une marque qu’ils connaissent déjà. Les consommateurs se sentent davantage en sécurité en terrain connu.»

Encore en «phase d’entraînement», Protégez-vous devra patienter de trois à cinq ans, selon Sylvain Masse, avant de constater les résultats concrets des nouveaux services résultant de la transition numérique. «On ne compte pas forcément plus d’abonnements, conclut Alexandra Blaison, mais on a doublé notre temps de lecture.»

 

* Sylvain Masse et Alexandra Blaison étaient de la conférence Découvrabilité, organisée par Infopresse le 23 janvier dernier, à la Société des arts technologiques, à Montréal, pour y présenter la transformation numérique de Protégez-vous.