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Déconnexion et sensibilisation: vers des technologies minimalistes?

La volonté de plus en plus grande de la population ces dernières années à réduire son temps sur les appareils mobiles et les médias sociaux a fait bouger les géants numériques comme Google et Apple, notamment, vers les technologies vocales, tandis que d’autres entreprises technologiques reviennent carrément aux sources, soit des appareils qui remplissent une seule fonction.
 

Les appareils mobiles sont de plus en plus intelligents et transforment leurs utilisateurs en esclaves de leur téléphone, un phénomène qui les rend sujets au développement d’une cyberdépendance.

catherine mathys

fmc

«Le téléphone intelligent est relativement jeune dans notre vie, souligne Catherine Mathys, directrice, veille stratégique, du Fonds des médias du Canada (FMC). On est tombé là-dedans comme dans la marmite, et l'on n’a pas assez pris le temps de voir comment ces appareils fonctionnaient et ce qu’on pouvait faire ou non.»

Dans son rapport sur les tendances de 2019, le FMC observe en effet que 86% des consommateurs canadiens possèdent un téléphone intelligent, comme le montre une récente enquête menée par le groupe Consumer Technology Association (CTA). Le temps passé sur internet, que ce soit sur appareil mobile, ordinateur ou tablette, s’élèverait de plus à 5,5 heures par jour, dont 1,4 heure par jour est consacrée aux médias sociaux, selon les données cette fois de GlobalWebIndex, We Are Social, Hootsuite.

Être à la fois le virus et le docteur

Ce besoin de se déconnecter n’est pas passé inaperçu auprès des géants de l’écosystème numérique, qui ont déployé des assistants vocaux et autres dispositifs portables visant à diminuer cette attention visuelle.

Plus près de chez nous, des organismes comme Capsana ont lancé des campagnes pour inciter les gens à se déconnecter.

Mais voilà que les Facebook, Apple et Google ont voulu eux aussi entrer dans la danse de la sensibilisation, en proposant des outils qui aident les gens à connaître le temps qu’ils passent sur leurs appareils: Temps d’écran pour Apple, la trousse bien-être d’Android 9.0 Pie et le tableau de bord Your Time on Facebook pour ne nommer qu'eux. Un tel virage n’est pas sans surprendre, note Catherine Mathys, puisque ces mêmes géants du numérique ont été pointés du doigt pour avoir recouru à des stratégies dans un but conscient de favoriser la surutilisation de leurs produits, comme l’avait dévoilé Tristan Harris, ancien de Google.

«C’est un peu comme si l'on vous vendait le poison et son antidote, souligne-t-elle. D’un côté, ils lancent ces outils pour le bien-être des gens. De l’autre, tout l’écosystème est conçu pour détourner notre attention: des multiples notifications aux couleurs des applications.»

Des discours de regret grandissants, donc, exprimés plus particulièrement ces deux dernières années par ceux qui ont contribué à la création de ces technologies.

Aux grands maux les grands moyens

En parallèle à ces initiatives, certains optent plutôt pour des solutions physiques. C’est le cas de Palm, qui a lancé un petit appareil Android qui se veut «un téléphone pour son téléphone intelligent». Un complément de ce dernier qui n’a pas sa propre ligne ni ne peut fonctionner seul, mais qu’il est possible d’utiliser à tout moment où un consommateur veut réduire l’effet de distraction causé par les nombreuses applications.

Une autre façon, cette fois plus concrète, d'outiller les gens pour une meilleure utilisation de leurs appareils, mais qui n’est pas sans faire augmenter la quantité d’appareils par citoyen, déjà nombreuse sur le marché.

«Peu importe si une personne est considérée comme un utilisateur assidu ou moyen, dans les deux cas, l'on constate que l’utilisation qu’il en fait n’est pas conforme à celle qu’il souhaitait. Ce n’est pas tant le nombre d’heures qu’on y passe, donc, mais bien l’utilisation qui est problématique. Ces entreprises ont ainsi voulu améliorer cette utilisation.»

Ce n’est pas la première fois que des organisations proposent ce type de dispositifs. Il y a eu auparavant des tentatives comme le NoPhone. «Mais cela relevait davantage de la blague comme c’était un faux téléphone pour remplacer l’habitude d’avoir son téléphone dans sa poche. Si le sentiment de saturation n’est pas nouveau, les solutions commencent à changer pour aider les gens à se détacher de leur dépendance.»

 

Photo tirée du projet de sociofinancement pour l'appareil Light Phone.