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La cocréation pour accroître la valeur des projets événementiels

Depuis cinq ans, La Pépinière, incubateur d’espaces de vie en communauté favorisant l’engagement collectif, intègre la cocréation dans son processus d’élaboration de projet. En engageant la cible en amont, l’initiative se voit transformer en réel outil de mobilisation.

Des espaces et des événements pensés par la cible et pour la cible: c’est l’idée que l’organisme a adoptée, en 2013, avec la mission de développer des villes plus participatives.

«Nos espaces veulent renforcer le tissu social et améliorer le vivre-ensemble, afin que les entrepreneurs et entreprises de développement urbain ne s’approprient pas Montréal», explique Jérôme Glad, cofondateur, développement et création, de La Pépinière, dans le cadre d’Accro, conférence-laboratoire traitant des pratiques innovantes du Québec.

«En engageant la communauté, on s’assure qu’elle répondra à l’initiative.»

En cinq ans, une trentaine de projets d’espaces collectifs ont vu le jour, avec la mission sociale d’humaniser les quartiers. La finalité n’est pas éphémère ou transitoire, mais bien que la personne s’approprie sa ville.

Design collectif 

Samuel Rancourt, chargé de processus participatif de La Pépinière, évoque la cocréation ou le codesign, par «la métaphore de la salade». «Celui qui porte le projet est le saladier, et le processus, tous les ingrédients, dit-il. On invite les citoyens à y ajouter des éléments, pour ensuite la manger tous ensemble.»

Mais attention, si vous savez déjà que vous voulez confectionner une salade César dans une recette traditionnelle, «ça ne vaut pas nécessairement la peine de passer par le processus de cocréation». L’idée est donc de développer l’événement avec le public concerné, en redéfinissant la hiérarchie, dans une recette en perpétuelle évolution.

Des espaces et des événements pensés par la cible et pour la cible.

Agilité, ouverture et volonté partagée sont les mots d’ordre pour lui «Il faut trouver la méthode qui conviendra à tous, en plus d’un meneur qui saura transférer son leadership chez les autres.»

Réhabiliter la dimension humaine

Ni un passage obligé ni une fin en soi, la cocréation est plutôt un moyen imbriqué à même la vision, pour rendre le projet plus engageant auprès des parties prenantes. «En faisant participer la communauté, on s’assure qu’elle répondra à l’initiative, précise Jérôme Glad. Il faut cependant être sincère et ouvert si l'on invite les gens à participer à des concertations au processus.»

La rencontre et le dialogue avec les forces vives et les ambassadeurs de la communauté apporteront certainement une plus grande mobilisation. «Il est primordial de savoir à qui l'on s’adresse, ajoute Samuel Rancourt. Parfois, le milieu dans lequel on s’implante n’est pas l’idéal pour le public ciblé, qui possède beaucoup d’éléments de réponse.»

La finalité n’est pas l’éphémère ou le transitoire, mais bien la personne qui s’approprie sa ville.

Le duo de La Pépinière cite le cas des Jardineries, un projet de revalorisation de l’esplanade du Parc olympique, autrefois bétonnée. L’espace a été transformé en café citoyen accueillant des événements culturels, entouré d’une aire de jeux, de jardins et de lots pour l’agriculture urbaine.

Si les deux premières années avaient récolté une bonne dose de financement, Jérôme Glad explique qu'il en est autrement la troisième année. «Nous avons gardé le jardin et le café actif, mais supprimé les événements. Les gens ont alors commencé à organiser des activités et des soirées, c’est devenu un lieu d’occasions. Nous avons créé un canevas à l’appropriation collective.»

«Tout seul, on va plus vite, mais ensemble, on va plus loin», rappelle Jérôme Glad, évoquant la célèbre phrase de l’ancien maire de Montréal, Denis Coderre.

 

* En couverture: Les Jardineries par Patrick Sicotte