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L'avenir du contenu local selon les grands patrons de presse

À l’ère où Google, Facebook et autres géants du web rivalisent avec les médias, les patrons de Cogeco Média, Bell Média, MishMash Média, Radio-Canada et La Presse se prononcent sur l'avenir du contenu local et des défis du milieu. 
 

Alors que Facebook et Google avalent 70% des revenus de la publicité numérique au pays, les médias locaux doivent maintenant partager en plus une autre part du gâteau avec des joueurs d'ailleurs, comme Netflix et YouTube: le contenu.

«Les médias francophones vivaient auparavant dans un environnement protégé où le CRTC décidait qui avait le droit de jouer sur la patinoire, explique Michel Bissonnette, vice-président principal de Radio-Canada. De plus, comme les francophones de l'époque étaient peu bilingues, cela créait une dépendance envers les producteurs de contenu francophone.»

De nos jours, les Amazon, Netflix et Disney de ce monde viennent selon lui jouer sur cette patinoire, «avec des contraintes moins élevées». L'exposition à divers contenus a donc grandement augmenté, une épine de plus pour les médias d'ici de faire découvrir leur contenu à un auditoire morcelé.

Un défi de revaloriser le contenu

Comment détourner les yeux des auditoires de diffuseurs comme Netflix ou YouTube vers le contenu d'ici? Les cinq patrons de presse sont unanimes. C'est dans le contenu pertinent et connecté aux réalités locales que le paysage médiatique québécois pourra être préservé. 

«On a la chance d'avoir un star-système fort et distinctif, souligne Gerry Frappier, président, télévision francophone et RDS, de Bell Média. Netflix, ce n'est pas cher, mais ce n'est pas d'ici. Il faut célébrer notre contenu, le revaloriser.» Et cela passe notamment, de son avis, par la sensibilisation du public à l'importance d'en arriver éventuellement à accepter de payer un certain prix pour le contenu.

Selon Pierre-Elliott Levasseur, président de La Presse, la monétisation doit se tourner vers des modèles plus modernes. «C'est bien de produire un contenu de qualité, mais il doit être accessible à l'ensemble de la population.» Il donne en exemple The Guardian, qui ne jouit pas de la même unicité dans le type de contenu par rapport au New York Times et qui donne ainsi accès gratuitement à son contenu à la population. Le quotidien a toutefois fait tout un travail de sensibilisation sur la mission sociale du média, notamment en érigeant des mini-murs payants avec certains contenus premium et en faisant des lecteurs des ambassadeurs qui paient un montant par année.

Nicolas Marin, président de MishMash Média, abonde dans le même sens, mais croit que c'est aux médias d'exploiter leur marque différemment afin de leur offrir de la valeur ajoutée.

«Le dernier des Mohicans»

Un ovni parmi les autres médias qui ont subi une baisse de leur auditoire, ce sont les radios. «96% des gens écoutent encore la radio chaque semaine, souligne Michel Lorrain, président de Cogeco Média. La radio est collée à la réalité du public et est solidement implantée dans les communautés.»

Il soutient également qu'elle a réussi avec les années à établir une bonne relation d'affaires avec les annonceurs, au-delà de la vente publicitaire, mais en «développant de produits spécifiques qui permettent de mieux cibler le public». Malgré cette meilleure santé, il faut tout de même, selon lui, qu'elle continue d'innover et de développer des contenus de proximité.

Gerry Frappier rappelle que la responsabilité d'assurer la santé du contenu et des médias locaux doit être partagée entre annonceurs et médias. «Les annonceurs québécois ne seront jamais aussi bien servis par Facebook et Google que par les médias locaux. On a donc une responsabilité commune de garder notre industrie en santé.»

 

Animée par Arnaud Granata, la table ronde Les grands patrons face à l'avenir a été présentée le 14 septembre lors de la conférence Plateforme(s) - Le sommet québécois des médias.