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Mais où en est la confiance des Canadiens envers les médias?

Vividata a récemment dévoilé l’étude Confiance à l’égard des nouvelles, laquelle révèle que les fausses nouvelles sont mal comprises au pays, en plus de contribuer à la méfiance des Canadiens envers les médias. Pour Jean-Hugues Roy, professeur de l'École des médias de l'Uqam, il demeure toutefois difficile de déterminer s'il s'agit là d'un courant de fond.

jean-huges roy

Au Canada, 60% des adultes croient qu'une fausse nouvelle est une histoire délibérément fabriquée par un organisme de presse, indique le rapport de Vividata. Ce phénomène mal compris – le Réseau sur l’éthique journalistique définit une fausse nouvelle comme une désinformation, une mésinformation ou une mal-information – serait d'ailleurs responsable de l'essor de la méfiance envers les médias. Selon Vividata, 25% des Canadiens ont moins confiance qu'auparavant envers les médias traditionnels.

«Il est difficile de déterminer la véritable tangente que prend la confiance des citoyens envers les médias.»

«Cette nouvelle étude contredit le dernier Baromètre de la confiance d'Edelman, paru en février et qui démontrait une tendance contraire à celle peinte par Vividata, signale Jean-Hugues Roy. On y apprenait que la confiance des Canadiens accordée aux médias avait bondi de sept points, pour atteindre 59% en 2018 contre 52% en 2017. Au vu des résultats des deux recherches, il est difficile de déterminer la véritable tangente que prend la confiance des citoyens envers les médias.»

Même s'il rappelle que, dans leu monde occidental, la tendance est à la baisse en ce qui a trait à la confiance envers les médias, le paysage politique américain semble avoir un effet collatéral positif sur la question, croit Jean-Hugues Roy.

«Le portrait de la confiance envers les médias m'apparaît plutôt mitigé, et pas entièrement sombre.»

«Avec la présidence de Donald Trump, bien des gens se rendent compte de l'importance d'une information de qualité», illustre Jean-Hugues Roy. La hausse des abonnements aux grands quotidiens, comme ceux au New York Times, qui représentent maintenant 63% du chiffre d'affaires du média, en est un bon exemple. «Même ici, à l'Uqam, on remarque une augmentation dans les inscriptions au programme de journalisme. On sent que les jeunes voient la valeur d'une information bien faite. Le portrait de la confiance envers les médias m'apparaît plutôt mitigé, et pas entièrement sombre», ajoute Jean-Hugues Roy.

«Les Canadiens comprennent mal ce que sont les fausses nouvelles.»

N'empêche, les fausses nouvelles continuent de représenter un fléau à combattre. Et à ce chapitre, la bataille pourrait peut-être se gagner si plusieurs acteurs unissaient leurs forces.

«On le voit dans l'étude de Vividata: les Canadiens comprennent mal ce que sont les fausses nouvelles, précise Jean-Hugues Roy. L'éducation aux médias et aussi celle à l'information gagneraient à être renforcées par nos institutions. Et il ne faut pas le faire seulement lors de la Journée internationale de la liberté de presse!»

«L'éducation aux médias et aussi celle à l'information gagneraient à être renforcées par nos institutions.»

L'année 2019 pourrait ainsi être une bonne occasion pour promouvoir la qualité de l'information au Canada, alors que les élections fédérales sont prévues cet automne-là. «Pour éveiller les consciences au maximum, on devrait battre le fer lorsqu'il est chaud», estime Jean-Hugues Roy.

Une confiance volatile d'un média à l'autre

L’une des statistiques étonnantes du rapport de Vividata est la variance dans le niveau de confiance envers les nouvelles selon le type de média. Au Canada, la radio inspire le plus confiance, alors que 82% des gens estiment pouvoir se fier aux nouvelles entendues. Suivent les bulletins de télé, avec 75%, puis les quotidiens nationaux imprimés avec 70%. Pour les médias sociaux, le pourcentage s’établit à seulement 19%.

«Ces statistiques me surprennent beaucoup, avoue Jean-Hugues Roy. Même si la radio, les journaux et la télévision semblent redorer leurs blasons, il n'en demeure pas moins que la population s'informe majoritairement par Facebook. Je ne sais pas s'il faut nécessairement y voir une bonne nouvelle pour les médias traditionnels.»

«Les Canadiens ont peut-être tout simplement une plus grande confiance dans les grandes marques d'information.»

Jean-Hugues Roy ajoute que, comme ces derniers sont responsables de la vaste majorité du contenu qui vient jusqu'à nous dans les médias sociaux, «les Canadiens ont peut-être tout simplement une plus grande confiance dans les grandes marques d'information, et non une plus grande confiance dans ces médias en tant que tels.»

Est-ce donc dire que la crédibilité représente la clé de voûte des médias pour inspirer confiance en leurs contenus? «Une certification d'authenticité, conclut Jean-Hugues Roy, comme le petit crochet bleu sur Twitter, bien des journalistes en ont une, mais ça n'assure pas qu'on leur fait confiance systématiquement... Le meilleur moyen de redonner confiance envers les médias est d'investir dans les enquêtes. C'est lorsque des nouvelles mènent à des choses comme la Commission Charbonneau que la population constate que les médias sont au service du public.»