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Le Festif! de Baie-Saint-Paul bouscule l'offre culturelle régionale

La neuvième édition du Festif! agitera Baie-Saint-Paul, du 19 au 22 juillet prochains. Un projet structurant «pour repousser les limites culturelles de la région», qui a permis de rendre la municipalité davantage distinctive auprès de tout le Québec.

Dans la foulée du grand événement L’Éveil du géant en 2009, soulignant les 25 ans du Cirque du Soleil dans cette ville qui a vu naître la désormais multinationale, une bande de jeunes Baie-saint-paulois se demandaient comment la région pourrait être durablement revitalisée.

charles miller

le festif!

«On trouvait qu’il manquait quelque chose de rassembleur dans le paysage de Charlevoix», indique Charles Miller, directeur des communications du Festif! de Baie-Saint-Paul. Dans la roulotte de la mère de Clément Turgeon, cofondateur et directeur général et artistique du Festif!, cinq jeunes ont mis sur pied cet événement de musique et d’arts de la rue, afin de créer un rendez-vous incontournable d'ici.

D’une stratégie de communication «à la bonne franquette», entre un site web et des affiches conçues «par une personne avec un peu de compétences en graphisme», le Festif! bénéficie aujourd’hui d’outils communicationnels complets: une image de marque d’abord exécutée par Les mauvais garçons, puis revue par la designer Camille Rioux cette année, un partenariat média avec Radio-Canada depuis trois ans, une centaine de médias qui assistent à l’événement, en plus d’une présence soutenue dans les réseaux et d’une clientèle fidèle qui en devient l'ambassadrice. 

Bien que le festival demeure très familial en offrant des billets gratuits pour les moins de 10 ans, par exemple, Charles Miller est d’avis qu’on ne peut plaire à tout le monde. «Plus de 60% de notre clientèle a moins de 40 ans.»

L’escapade comme élément différenciateur

Le président du Caucus des municipalités de centralité de l’Union des municipalités du Québec et maire de Senneterre, Jean-Maurice Matte, explique que dans le contexte économique actuel, «les municipalités cherchent plus que jamais à tirer leur épingle du jeu et à se rendre distinctives pour attirer des entreprises, des travailleurs et leurs familles, mais aussi des investissements publics et des projets structurants».

L'occupation dynamique du territoire démontre tout le pouvoir d’attraction des municipalités.

Comment «vendre» son territoire donc, pour attirer une nouvelle «clientèle» constituant une solide forme de développement économique pour la municipalité dont le revenu d'emploi médian des 25-64 ans se situe à moins de 35 000$, soit le plus faible de la région administrative de la Capitale-Nationale, selon l’Institut de la statistique.

En misant sur le «besoin d’escapade et le terrain de jeu charlevoisien comme avantages concurrentiels», considérant l'offre plutôt abondante de festivals de musique estivaux au Québec, «le nombre de participants est passé de 2000 personnes en 2010, à plus de 32 000 en 2017». Cette année, près de 38 000 festivaliers sont attendus dans la ville de 7350 habitants où 90 spectacles seront présentés.

Une fois l’élément différenciateur d’une ville ou d’une région désigné, le marketing territorial permet d’attirer travailleurs et entreprises d’une part, mais également beaucoup de touristes. Baie-Saint-Paul est situé à environ une heure de Québec, «ce qui n’est pas si loin, contrairement à Tadoussac ou à Rouyn-Noranda» où se tiennent respectivement le Festival de la Chanson de Tadoussac et le Festival de musique émergente, indique Charles Miller.

À 150 kilomètres au nord de Baie-Saint-Paul, La Noce saguenéenne est un autre exemple d'occupation dynamique du territoire. Le festival musical célébrait récemment son premier anniversaire, dans une deuxième édition de coton. Lors de ces trois jours de festivités, plus de 10 000 spectateurs ont assisté à l'une ou l'autre des journées proposant 40 spectacles à la Zone portuaire de Chicoutimi et à La Pulperie. L'an dernier, le festival, qui se tenait sur une seule journée, avait attiré 1500 personnes.

«Une semaine avant le festival, 50% des pré-ventes provenaient de l'extérieur du Saguenay, explique Éric Harvey, directeur artistique de La Noce, soulignant au passage les deux ou trois nuitées passées par ces touristes culturels dans la région. «Nous sommes passés de 15 à 40 groupes et l'on bénéficie d'un budget sept fois plus élevé qu'en 2017, malgré l'aide financière symbolique de la Ville.» Le fondateur ajoute avoir pris un risque cette année, le financement provenant presqu'exclusivement de commandites et de la vente de billets. 

Pour le Festif!, bien que les festivaliers proviennent d’un peu partout au Québec, la communauté montréalaise est aujourd’hui «le plus gros acheteur de billets». Et les retombées économiques engendrées par ce tourisme sont probantes: «environ trois millions$ pour les quatre jours de l’événement selon la dernière étude commandée», dit Charles Miller.

«Plus de 60% de notre clientèle a moins de 40 ans.»

«L’administration municipale nous a aidés dès la première année en offrant le Parc du Gouffre, propriété de la Ville de Baie-Saint-Paul. Mais le potentiel de développement demeurait limité.» Pour gérer cette forte croissance: beaucoup d’initiatives citoyennes, un camping au Parc du Gouffre et un nouveau Village Go-Van à Maison Mère pour accueillir les festivaliers, en plus de la communauté d’affaires régionale qui a fortement épaulé l’initiative pour la dynamisation culturelle de Charlevoix.

Malgré les possibilités, l’organisation a préféré peaufiner l’expérience en ajoutant des scènes et des spectacles-surprises, «pour ne pas trop engorger et pour que ça reste intime. Mais peut-être que pour le 10e anniversaire l’an prochain, l'on ira un pas en avant», ajoute Charles Miller.  

Écoresponsabilité et économie locale

Dans une collaboration avec Artistes citoyens en tournée (ACT), un mouvement ayant pour mission de promouvoir les pratiques écoresponsables dans le milieu des spectacles, et Recycle Québec, le Festif a réalisé bon nombre d’initiatives en développement durable: aucun plastique ou presque, transport alternatif, covoiturage, navettes, en plus d’un projet pour alimenter les scènes avec l’énergie solaire.

Le Festif! mise sur le «besoin d’escapade» et «le terrain de jeu charlevoisien» comme avantages concurrentiels.

«On a mis les grosses brasseries dehors à partir de la troisième édition pour travailler avec les microbrasseries de la région, en plus d’un partenariat avec Aliments Québec», indique Charles Miller. L’équipe a d’ailleurs récemment lancé la bière officielle du Festif! avec la microbrasserie de Charlevoix, une India Pale Lager aux accents tropicaux produite à partir des invendus de pain de la Boulangerie À Chacun son pain de Baie-Saint-Paul, «dans un véritable système d’économie circulaire».