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Le territoire, un nouveau terrain de jeu pour le marketing

Alors que les municipalités et régions rivalisent de moyens pour attirer touristes et stimuler les intérêts commerciaux, un concept a vu le jour: le marketing territorial. Entrevue avec Jean-Maurice Matte, maire de Senneterre, qui a participé à une mission économique à New York pour discuter du pouvoir d’attraction des villes et des nouvelles pratiques dans ce domaine.
 

«Dans un contexte de mondialisation de l’économie, les municipalités cherchent plus que jamais à tirer leur épingle du jeu, à rendre leur municipalité distinctive, pour attirer des entreprises, des travailleurs et leurs familles, mais aussi des investissements publics et des projets structurants, explique Jean-Maurice Matte, président du Caucus des municipalités de centralité de l’Union des municipalités du Québec (UMQ) et maire de Senneterre. Il faut se démarquer et expliquer pourquoi notre municipalité ou notre région est la meilleure pour s’y installer, y vivre, y investir.» 

Ce dernier s'est rendu récemment à New York avec les mairesses de Chibougamau et de Nicolet, Manon Cyr et Geneviève Dubois. Plusieurs régions du Québec ont subi des pertes d’emplois dans le secteur public et parapublic, et des fermetures d’entreprises ces dernières années. «Une telle situation affecte le tissu socioéconomique de nos régions et nuit à l’occupation dynamique de notre territoire.» C'est pour renverser cette tendance qu'ils ont participé au forum international.

Une nouvelle notion, le marketing territorial?

«Cette notion existait, mais se limitait plus à l'image de marque des villes et aux campagnes de tourisme, précise Jean-Maurice Matte. Le marketing territorial consiste à trouver l'élément différenciateur d'une ville ou d'une région qui permettra d'attirer travailleurs, touristes et entreprises. On a compris que tout est interrelié.»

la notion de marketing territorial existait, mais se limitait plus à l'image de marque des villes et aux campagnes de tourisme.

Il explique que le tourisme constitue une forme de développement économique. En effet, les touristes peuvent devenir des habitants, des entrepreneurs, etc. 

Ainsi, une ville ou une région doit se poser la question suivante: Comment «vendre» son territoire pour attirer toutes ces «clientèles»?

Jean-Maurice Matte donne en exemple la ville de New Rochelle, à proximité de New York, qui compte 80 000 habitants. «Ses administrateurs voulaient tirer leur épingle du jeu dans un tel contexte et ont interpelé la population pour connaître sa perception sur la ville afin de savoir ce qui la distingue, mais aussi des gens de l'extérieur.» Tous les commentaires convergeaient vers un même trait distinctif: le milieu sécuritaire. 

À partir de ce constat, une stratégie de zonage et d'urbanisme a été élaborée et cette proposition a été validée par les élus. Ceux-ci n'ont plus participé au développement par la suite: les acteurs du milieu ont contribué à ce que de nouveaux motels et commerces voient le jour pour soutenir cette démarche. 

New Rochelle est maintenant reconnue comme une ville sécuritaire qui attire milléniaux et personnes âgées grâce à un train la relie à Manhattan. 

Les élus doivent cesser de voir le marketing comme des dépenses, mais plutôt comme des investissements à long terme.

En plus de partir d'une consultation publique, la réflexion doit donc porter sur l'élément distinctif. «La qualité de vie est revendiquée par toutes les villes, il faut aller plus loin. Senneterre, une ville de 4500 habitants, par exemple, peut s'enorgueillir d'avoir vu l'un de ses paysages au coucher du soleil se retrouver sur l'ancienne carte-soleil. Mais c'est aussi l'endroit où le chemin de fer transcontinental a planté son dernier clou pour le relier à l'ouest du Canada. «Mais est-ce que ce sont des éléments assez forts pour bâtir notre marketing territorial?»

La Ville de Chibougamau, elle, a misé sur l'attitude nordique, une identité conçue par le studio de design Paprika.

Ce qui unit tous ces exemples, c'est l'ouverture et la volonté des élus de changer les choses. «Ils doivent cesser de voir le marketing comme des dépenses, mais plutôt comme des investissements à long terme», conclut Jean-Maurice Matte.