La référence des professionnels
des communications et du design

Design Canada ou comment le design peut unifier un pays

Le documentaire Design Canada, du réalisateur Greg Durrell, présenté jusqu'au 4 juillet prochain, porte sur ce qui définit une identité nationale. 

Qu'est-ce qui définit le Canada? Un hymne, un drapeau, un emblème? Comment ces éléments façonnent-ils ce que nous sommes? En utilisant le design pour unifier le pays, un groupe de concepteurs canadiens s'est intéressé à ces questions dans les années 60 et 70.

Produit par Gary Hustwit à qui l’on doit les films Helvetica, Objectified 
et Urbanized, Design Canada réunit les témoignages des créateurs Burton Kramer (logo de Radio-Canada/CBC), Heather Cooper (logo de la marque Roots), Stuart Ash (emblème du pays lors des célébrations du centenaire en 1967), Fritz Gottschalk (logo de la Banque Royale), Hans Kleefeld (logos de la marque Tim Horton’s, d’Air Canada et de la Banque de Montréal) et Rolf Hader (logo du Grand Prix de F1 Montréal à sa naissance).

Le documentaire débute avec l'adoption du nouveau design du drapeau canadien en 1965, puis présente l'historique des grands logos inspirés de ce dernier.

Le réalisateur Greg Durrell, de Vancouver, a pris plusieurs années à mettre sur pied ce projet, possible notamment grâce au sociofinancement de Kickstarter

Selon Julie Royer, designer indépendante et chargée de cours au baccalauréat en design graphique de l’École de design de l’Université Laval, qui a vu le film en avant-première, la prémisse de celui-ci est fascinante en soi et permet de découvrir les concepteurs des logos ayant marqué l'histoire du design de logos canadiens. «Ce que le réalisateur a constaté, c'est que les Canadiens parlent beaucoup de design graphique, mais que peu connaissent les créateurs derrière tout le mouvement de conception de logos, souligne-t-elle. Ces gens vieillissent et il trouvait important qu'ils ne sombrent pas dans l'oubli avant d'avoir pu nous léguer leur histoire.»

Donc, le film relate les grands moments qui ont marqué le pays, dont l'Expo 67 et les Jeux olympiques de 1976 à Montréal. Une bonne partie s'attarde donc au Québec, sans tomber toutefois dans le patriotisme. «Le réalisateur a présenté les grandes marques qui ont laissé des empreintes et qui sont toujours vivantes aujourd'hui comme les banques TD, de Montréal et Laurentienne, et le CN.»

Julie Royer a été également frappée par l'origine des personnes à la base de l'identité du Canada. «Bon nombre d'entre elles étaient des Européens et ont apporté leur savoir à un moment où la société était en développement. Ces gens nous ont légué toute la notion de design international.»

Ainsi, les noms des créateurs dans le film sont accompagnés de leur lieu de naissance. Par exemple, Fritz Gottschalk, qui a créé le logo de la Banque Royale, est Suisse. 

La question centrale du film était la suivante: Les Canadiens ont-ils conçu ces symboles identitaires ou si ces derniers ont plutôt forgé l'identité du Canada? «Tous ces programmes d’identités visuelles sont apparus au milieu des années 60, au même moment où s’est développée l’idée que les gens ont maintenant de l’identité canadienne,  explique Julie Royer. La question visait à comprendre l’influence que ces grands programmes d’identités visuelles ont eue dans l’inconscient des gens quant à leur perception du Canada.» Une question qui reste cependant en suspens dans le film.

Une présentation spéciale aura lieu le 29 juin à 19h30. Six acteurs du milieu du design discuteront du film et répondront aux questions du public après la projection:

- Benoit Giguère, président de la Société des designers graphiques du Québec et directeur principal, design, interactivité, expérience utilisateur et directeur de création des éditions La Presse; 

- Marc H. Choko, professeur de l’École de design de l’Université du Québec à Montréal, auteur, conférencier et commissaire d’expositions dans le domaine de l’affiche et du design graphique; 

- Ariel Borremans, designer graphique installé à Montréal et délégué avec des groupes engagés dans la promotion du design comme Icograda et la SDGQ; 

- Julie Royer, designer indépendante et chargée de cours au baccalauréat en design graphique à l’École de design de l’Université Laval; 

- Marc Kandalaft, designer et fondateur de l’agence Rap;

- Sylvain Vicente, un des designers graphiques agréés de la toute première cohorte. Il est président et cofondateur de Maître D, agence de design graphique spécialisée en communication de marque. 

Le film est à l'affiche au Cinéma du Parc, à Montréal, jusqu'au 4 juillet.