La référence des professionnels
des communications et du design

Des «émojis» osés dans l’œil de Sarah-Catherine Lacroix

Infopresse fait appel à des créatifs de l’industrie pour commenter et analyser des campagnes internationales qui ont suscité l’intérêt. Cette semaine, Sarah-Catherine Lacroix, conceptrice-rédactrice de Tam-Tam\TBWA, se penche sur une offensive d'un organisme péruvien de prévention du cancer testiculaire qui utilise le sticker/émoji Instagram «cœur avec les mains» pour représenter les testicules. 

On met la table

Comment promouvoir les examens de la prostate pour prévenir le cancer testiculaire? La solution de l'agence Wunderman Phantasia pour l'organisme péruvien Liga Contra el Cáncer est originale: avec l'aide d'un sticker/émoji Instagram. 

En effet, le sticker «cœur avec les mains» permet de représenter les testicules. Avec le mot-clic #amomisbolas et l’identification @LigaCancer, la fondation espère toucher et sensibiliser largement le public masculin. Un site internet a même été mis en place pour l’occasion. Des célébrités nationales ont en outre été invitées à lancer le mouvement et à participer au clip de la campagne.

Voyons ce qu'en dit Sarah-Catherine Lacroix

Un concepteur a eu le flash de détourner un sticker Instagram bien connu pour lui donner des airs de bijoux de famille. Bonne idée, le visuel est intéressant, mais la campagne de prévention du cancer testiculaire qui en découle, elle, l’est beaucoup moins.

D’abord, l’exécution de la vidéo me laisse pantoise. Pourquoi tout le monde est tout nu? Parce qu’on parle de testicules? C’est un peu facile, non? Surtout, pourquoi tous ces hommes nus se mettent-ils soudainement à danser comme s’il n’y avait pas de lendemain?

Selon ce qu’on nous dit, les hommes en vedette dans la vidéo sont des célébrités péruviennes locales (deux acteurs – un plus vieux et un plus jeune – et un commentateur sportif bien connu). On a donc probablement voulu se servir de la nudité de ces personnalités publiques pour attirer l’attention. Doublement facile.

Ça n’explique par contre toujours pas la fièvre de la danse qui s’empare subitement de ces hommes. C’est un peu comme si Claude Legault, Thomas Beaudoin et Ron Fournier dansaient nus sans raison apparente et sans second degré pour vous dire de ne pas oublier d'effectuer votre auto-examen des testicules. Cela vous inciterait-il à le faire? Moi pas. Je sais, je n’ai pas de couilles, mais ça ne me fait pas rire. Peut-être y a-t-il là une nuance culturelle qui m’échappe? Ces vedettes locales sont-elles connues pour leurs talents de danseurs? Leur participation à une émission de danse?

Deuxièmement, la mécanique de partage Instagram me semble vraiment trop compliquée. Demande à quelqu’un de prendre une photo de toi avec tes mains juste au bon endroit (impossible de la prendre toi-même si tu veux que tes deux mains soient au bon endroit), puis ajoute le sticker sur Instagram Stories. C’est bon? Non, ce n’est pas fini, maintenant fais faire un tour à 180 degrés au sticker. OK? Non, pas tout à fait, on y est presque, il te reste juste à hashtaguer le nom de la campagne et à taguer l’organisme derrière l’initiative. Ah! Et n’oublie pas aussi de taguer un ami. Qui va se rendre jusque-là? C’est un peu difficile à évaluer, comme les stories d'Instagram sont éphémères. Mais seulement 264 personnes avaient partagé une photo Instagram standard accompagnée du mot-clic #amomisbolas au moment de la rédaction de ces lignes.

Est-ce parce que je ne suis pas un homme que je ne me sens pas interpelée par cette campagne? J’en doute. Dans la catégorie, les excellents coups ne manquent pas. Proche de chez nous, pensons aux Cuys de DentsuBos pour Cancer testiculaire Canada ou à l’excellent Man boobs de David Buenos Aires pour l’organisme Macma, cette fois pour le cancer du sein.

Deux initiatives qui, en plus d’attirer largement l’attention par leur humour décalé, donnent immédiatement envie de s’éclipser à la salle de bain pour faire un auto-examen. N’est-ce pas là le but premier de ce genre d’offensive?

---

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.