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Les espaces collectifs comme moteur économique

Bien que les espaces transitoires et lieux éphémères s’inscrivent dans une volonté renouvelée du vivre-ensemble, ils font aussi partie intégrante du marketing urbain. La réappropriation de l’espace public semble un souffle de développement économique pour certains quartiers.

philippe pelletier

aire commune

«L’idée du lieu éphémère est de transformer un espace qui ne sert à rien, en plus de répondre à un besoin, indique Philippe Pelletier, directeur de la programmation et des relations publiques d’Aire commune, espace de travail partagé, de réseautage et d’événements en plein air. Lieu à utilisations multiples ayant comme objectif de revigorer économiquement le quartier montréalais Mile-End, «Aire commune est le premier espace de cotravail en plein air au pays».

Ancien coordonnateur à la programmation artistique de C2 Montréal, Philippe Pelletier souhaitait mettre sur pied un lieu de conjoncture entrepreneuriale au cœur de ce quartier en pleine effervescence. «Je viens de l’école C2 Montréal, un excellent moteur de réseautage même si un peu cher pour le commun des mortels, dit-il. J’avais envie de sortir de la philosophie du billet à 2000$ pour favoriser les rencontres d’affaires entre les entreprises du coin.» Et le lieu doit faire partie de l’essence même du projet.

«Il est essentiel de tester ce genre de projet qui doit répondre à un besoin existant, d’abord pour trouver un public, puis des partenaires.»

«On voulait créer un lieu adapté pour le travail, avec wifi, zones ombragées, conteneurs transformés en salles de réunion avec mini-projecteurs, tables avec prises électriques, café, bar et restaurant», ajoute Philippe Pelletier. Avec l’ajout d’une programmation musicale et d’un volet pro incluant concours de pitch, lunch & learn, journée-conférence et formations pour entrepreneurs, la deuxième édition d’Aire commune est reconduite sur une période plus longue cette fois, du 17 mai au 21 septembre.

Un pilote «essentiel»

D’abord pour «convaincre les élus du quartier Plateau Mont-Royal qu’il ne s’agissait pas d’un garden-party d’un mois», la première mouture du projet, davantage en mode pilote, s’est implantée pendant un mois à l’angle Bernard et De Gaspé. Selon Philippe Pelletier, «il est essentiel de tester ce genre de projet qui doit répondre à un besoin existant, d’abord pour trouver un public, puis des partenaires».

«La finalité n’est pas l’éphémère ou le transitoire, mais bien l’humain qui s’approprie sa ville.» 

Ainsi, Aire commune n’a pas attendu l’approbation du politique avant de s’exécuter. «Nous sommes six entrepreneurs provenant de l’événementiel. Avec le soutien de nos réseaux de contacts, nous avons été en mesure de présenter des résultats tangibles aux politiciens l’année suivante, plutôt que des maquettes 3D du projet.» Grand 5 à 7 orchestré par le voisin Ubisoft, 10 000 participants en mois et aucune plainte de bruit: l’équipe d’Aire commune dit «mission accomplie».

Afin de couvrir les salaires et les coûts de production, le budget total de 2018 s’élève à 500 000$: «33% des partenaires commerciaux, 33% en commandites privées et 33% en investissements publics, soutient Philippe Pelletier. Il ne faut pas oublier qu’on part d’un terrain de roches où tout est à faire.» L’arrondissement du Plateau Mont-Royal, Desjardins, la Financière Sun Life, Ubisoft, Helm microbrasserie sur Bernard et Eska figurent d’ailleurs parmi les partenaires de l’initiative.

L’équipe travaille avec le Service de développement économique de la Ville de Montréal afin d’implanter d’autres espaces éphémères dans la ville. Une seconde Aire commune verra le jour vers la fin de l’été dans le Quartier de l’innovation, et une troisième devrait éventuellement naître dans le secteur Mile-Ex, aux abords de la future Cité de l’intelligence artificielle.  

Encore plus d'espaces éphémères

Entre le Village au Pied-du-Courant, les Jardineries sur l'Esplanade du Stade olympique, le projet hivernal La Petite Floride, le Champ des Possibles et la revitalisation de la Marina Saint-Roch à Québec, pour ne nommer que ces projets, La Pépinière est un organisme «incubateur d’espaces de vie en communauté, favorisant l’implication collective».

Jérôme Glad

la pépinière

«Nos espaces veulent renforcer le tissu social et améliorer le vivre-ensemble, afin que les entrepreneurs et compagnies de développement urbain ne s’approprient pas Montréal», explique Jérôme Glad, cofondateur, développement et création, de La Pépinière. En cinq ans, une trentaine de projets d’espaces collectifs ont vu le jour, avec la mission sociale d’humaniser les quartiers, «parce que des gens en ont besoin, rappelle Jérôme Glad. La finalité n’est pas l’éphémère ou le transitoire, mais bien l’humain qui s’approprie sa ville.»  

L'exemple du Village au Pied-du-Courant est probant. «C’est parti d'un projet éphémère pour devenir un mouvement pérenne, relève Jérôme Glad, alors que la quatrième édition du Village sera lancée le 1er juin. Nous avons créé un précédent.» Le cofondateur de La Pépinière note un certain non-sens au sein de la ville. «Montréal est une ville créative à l’intérieur des murs et des barrières, mais il y a des inhibants lorsqu'il est question de s’approprier l'extérieur.» L'organisme souhaite ainsi concevoir un guichet unique, une structure de soutien pour les initiatives d'espaces collectifs, «afin de changer les paradigmes de l’urbanisme». 

Philippe Pelletier et Jérôme Glad se sont entretenus dans le cadre de la conférence L’espace transitoire et le lieu éphémère, moteurs de revitalisation urbaine, présentée par Chromatic Pro, dans le cadre de la neuvième édition du Festival Chromatic. Chromatic Pro a pour vocation de cultiver la conversation entre artistes, entrepreneurs et professionnels afin de réfléchir et d'échanger sur les nouvelles formes de créativité, de modèles d’affaires et d’entrepreneuriat culturel.