La référence des professionnels
des communications et du design

Rad, un modèle contagieux

En s’éloignant du rythme «usinier» des salles de rédaction traditionnelles, Rad, le laboratoire journalistique de Radio-Canada, a réussi à étendre son savoir-faire bien au-delà de sa «bulle» et jusque dans deux nouveaux marchés. 

Gigi Huynh

rad

Depuis 10 mois, Rad aborde l’actualité autrement. Dans l’objectif d’acquérir de nouveaux auditoires, Radio-Canada a créé cette cellule consacrée à la production d’information pour le citoyen numérique, «qui n’a pas de race, ni de sexe, ni d’âge, mais bien des comportements humains», rappelle Gigi Huynh, stratège d’engagement et d’impact de Rad. Une cible «plus inclusive», donc, qui fuit les grands rendez-vous d’information traditionnels au profit des nouvelles plateformes et des nouveaux formats.

L’équipe multidisciplinaire, composée de vidéastes, créatifs, développeurs et journalistes, teste différents types de contenus par Facebook, YouTube et Instagram, pour une génération qui évolue avec ses outils et ses priorités, mais toujours dans le respect des normes et des pratiques du diffuseur public. Le choix des sujets passe inévitablement par un processus de pitch, et tout le monde de l’équipe, développeur, journaliste ou créatif, a son mot à dire.

Accroître sa cible 

D’abord isolée dans un laboratoire pour ne pas se faire «avaler par la machine», selon le directeur de l’information de Radio-Canada, Michel Cormier, l’équipe d’une quinzaine de personnes s’est penchée sur les réelles motivations du citoyen numérique à s’informer. «Il veut consommer une information utile au quotidien, pour socialiser, pour vivre des émotions et définir son soi, ses idées et opinions», explique Gigi Huynh.  

johanne Lapierre

rad

Et misant sur le travail d’équipe, l’avis de collaborateurs extérieurs au domaine journalistique moins ancrés dans le rythme effréné de l’actualité, et en exploitant la personnalité propre de chacun des journalistes, sans moule et qui s'écarte du traditionnel ton radio-canadien, «l’équipe débarque avec des formats qui étonnent, et réussit à capter un public moins informé, soutient Johanne Lapierre, chef éditoriale de Rad, parce que l’information appartient à tout le monde.»

La stratégie de contenu table sur la proximité et la transparence. Le concept du parcours journalistique de Rad, de la vulgarisation à l’expérimentation, tente donc d’offrir le portrait d’ensemble d’un sujet, en tenant compte des différents niveaux de connaissance des enjeux. Et Rad tombe peut-être à point. Dans le plus récent Baromètre de la confiance Edelman, 60% des participants estiment que les organisations médiatiques sacrifient l’exactitude afin d’être les premiers à annoncer une nouvelle. Ainsi, le laboratoire mise «ce que la communauté a besoin de savoir sur le sujet traité», souligne Karim Boudiba, chef de produit numérique de Rad. 

Une approche qui se propage

Karim Boudiba

rad

Si la quinzaine de collaborateurs occupent actuellement les bureaux de Radio-Canada à Montréal, la couverture du média compte s’étendre au-delà de la métropole. Un journaliste et quelques collègues de l’antenne de Québec se sont greffés à l’équipe de Rad pour concevoir une capsule traitée sur le terrain, dans la Capitale Nationale. En 2018, les territoires de Québec et de Toronto seront prospectés, «pour leur contexte très différent l'un de l'autre et parce que c'est un bon moyen de démarrer l’initiative de croissance», estime Karim Boudiba. Chapeautées par l’entité montréalaise, de petites cellules de travail sur place collaboreront avec l’équipe mère de Rad «avant d'évaluer les prochaines villes à explorer».

Entre le hacking, les mythes de la sexualité chez les jeunes, le rap québécois ou le burn-out dans la vingtaine, les dossiers et l’approche de Rad «s’étendent», jusqu’aux pionniers des salles de rédaction qui s’interrogent sur les nouvelles façons de faire, et jusqu’au Téléjournal national, qui a notamment diffusé un topo sur l’aide médicale à mourir abordée par un jeune aidant naturel. Ce reportage a d’ailleurs généré plus de 1,4 million de visionnements en moins de 10 jours, selon les chiffres de la société d'État.

Rad s'est taillé une place de choix dans le monde de l’information, en la concevant avec les codes du numérique. Toujours selon les chiffres de Radio-Canada, les contenus ont atteint plus de 20 millions de personnes tout en maintenant un taux d’engagement moyen de 8%, «le double de la moyenne», précise Karim Boudiba. «Chaque format est pensé à la fois selon son sujet et son canal de distribution. Produire un contenu Facebook, puis le partager sur Instagram, c’est comme vouloir entrer un carré dans un rond. Il est crucial de respecter le contexte de l’utilisateur sans pour autant compromettre la compréhension du contenu.»

Dans l’abondance du contenu offert sur le web, il était primordial d’arrimer qualité du format visuel et qualité du contenu journalistique «pour offrir une expérience en information distinctive», dit Gigi Huynh.