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Industries créatives: assurer la croissance d’un écosystème diversifié

Montréal se classe septième parmi les métropoles nord-américaines quant à l’intensité de ses emplois au sein des industries créatives, une proportion constante par rapport à 2012. Elle accuse toutefois un léger recul, alors que six des 10 villes de tête ont affiché une croissance supérieure.

En 2017, les industries créatives de la région métropolitaine de Montréal ont généré plus de 9,4 milliards$ en retombées économiques, dont 6,6 milliards$ en retombées directes, ainsi que des recettes fiscales et parafiscales de 1,9 milliard$ pour les gouvernements du Québec et du Canada, révèle l’étude Industries créatives: réussir dans un environnement en mutation rapide, une enquête menée par la firme KPMG et réalisée par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM). Il s’agit d’une augmentation de 800 millions$ depuis 2012, année de la dernière étude de la CCMM quant aux industries créatives. 

Si l’ensemble de l’économie montréalaise a connu une croissance annuelle de 1,3% ces cinq dernières années, l’emploi dans le secteur créatif a pour sa part progressé de 1,6%. Outre les 101 300 emplois directs engendrés, une augmentation nette de 9754 depuis 2012, ces industries soutiennent plus de 37 625 postes dans la chaîne de fournisseurs. Elles représentent 4,7% de l’emploi montréalais total.

Dominique Villeneuve

a2c

La création d’emplois dans les autres villes étudiées progresse cependant plus vite. La position de Montréal, jusqu’ici enviable, serait à risque, selon Michel Leblanc, président et chef de la direction de la CCMM.

Après les médias (27,9%) et les arts (23,2%), le sous-secteur des communications créatives constitue le troisième pôle en importance (18%) de la main-d’œuvre de l’industrie. Elle enregistre aussi un taux de croissance annuel supérieur à la moyenne de l’économie montréalaise, touchant 3,1%.

Bien que Montréal occupe le septième rang en matière d’intensité de l’emploi dans les industries créatives, la métropole se positionne plus avantageusement pour chaque sous-secteur analysé, soit entre les quatrième et sixième. Dominique Villeneuve, présidente-directrice générale de l’A2C, explique que la ville présente un profil plus équilibré que la plupart des territoires à l’étude. «La croissance dans presque tous les secteurs d’activités créatives démontre que Montréal est forte partout, alors que certaines villes se démarquent dans un seul créneau. L’amalgame nous rend plus solides.»

Des politiques fiscales pour les communications créatives

Le sous-secteur de la publicité et des relations publiques montréalais est ainsi passé du septième au cinquième échelon parmi les villes étudiées. Elle comptait, en 2017, 5,9 emplois par tranche de 1000. La métropole devance Atlanta (5,8) et Los Angeles (5,3), mais se situe derrière Toronto (9,8), New York (9,5), Chicago (6,3) et San Francisco (6).

Malgré la croissance plus soutenue du domaine de la publicité et des relations publiques, dont «l’apport économique est indéniable», note Dominique Villeneuve, il est presque le seul à ne recevoir aucun crédit d’impôt.

Jan-Nicolas Vanderveken

havas montréal et a2c

Depuis une dizaine d’années, les investissements publicitaires sont en progrès constant au Québec. Ils atteignent aujourd’hui près de 2,9 milliards$, selon la plus récente étude économique de l’A2C en 2014. En quatre ans, les investissements en numérique ont augmenté de 53%, atteignant plus d’un milliard$ annuellement.

«Ces changements engendrent d’énormes besoins en recrutement et en formation continue, spécifiquement dans les métiers du numérique, au moment même que la concurrence s’intensifie et que notre industrie est pénalisée par un régime fiscal inéquitable», a lancé Jan-Nicolas Vanderveken, président du conseil d’administration de l’A2C et président et chef de la direction de Havas Montréal, lors de son discours à la récente remise des prix du concours Boomerang.

Alors que les technologies de l’information et du jeu vidéo, entre autres, ont un accès facilité à des programmes comme le crédit pour le développement des affaires électroniques et le programme d’encouragements fiscaux en recherche scientifique et développement expérimental, «les agences qui convoitent les mêmes profils d’employés et se battent pour les mêmes clients en sont bien trop souvent exclus», précise Jan-Nicolas Vanderveken.

Les communications créatives enregistrent un taux de croissance annuel supérieur à la moyenne de l’économie montréalaise (1,3%), touchant 3,1%.

Selon le Système de classification des industries de l'Amérique du Nord, les agences de publicité, par leurs services hybrides, n’entrent pas dans la même catégorie que les entreprises multimédias. «Ces réductions d’impôt pèsent lourd quant au recrutement de programmeurs et développeurs, également réclamés par les communications créatives», ajoute Dominique Villeneuve, qui rappelle que l’industrie publicitaire aide les PME et les entreprises à se distinguer au Québec, comme à l’étranger.

Plusieurs pistes de solution sont proposées par l’enquête, en adaptant les politiques fiscales et réglementaires au contexte de transformation rapide ou en stimulant la croissance des parts de marché des industries créatives au Québec et au Canada, par exemple. Pour Michel Leblanc, il appartient aux décideurs et aux acteurs de se les approprier et de les mettre en œuvre.

Dominique Villeneuve estime toutefois que pour assurer le développement et la croissance des industries créatives, la formation de la main-d’œuvre pour la rétention des employés demeure ce qui pourra aider à contrer la pénurie de main-d’œuvre globale au Québec. Un processus pour établir une grappe sectorielle a également été entamé par l’A2C. Elle pourrait notamment mener à l’élaboration d’un fonds consacré à la formation pour l’industrie, par l’industrie.