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On a eu notre 3%

Collaboration spéciale – J'ai eu l'occasion, en compagnie des cofondatrices de Femmes en créa, d'assister à l'événement 3% Conference, à Chicago les 8 et 9 novembre derniers, sous le thème Bring it. Voici sept conférencières qui ont retenu notre attention, un peu à la manière de Cindy Gallop, qui a conclu les deux jours en mettant en lumière des femmes qui ouvrent la voie au changement. 

En 2011, constatant qu’aux États-Unis, seulement 3% des postes de direction de création étaient occupés par des femmes, sans compter l’absence de représentantes de communautés culturelles parmi elles, Kat Gordon a fondé le groupe 3% Movement. Son objectif? Créer de la diversité pour contribuer à la créativité et faire grimper le chiffre de 3% à 50% et atteindre l’égalité. En sept ans, il est passé à 11%, c’est donc dire que les choses avancent et qu’il reste du travail à faire.

Mais à voir cette année les 1300 personnes qui assistaient à leur plus grand événement annuel, le rendez-vous 3% Conference, ainsi que la centaine de keynotes et de conférenciers, force est d’admettre que nous sommes sur la bonne voie et que la diversité s’exprime dans toutes sortes d’initiatives qui donnent foi en l’avenir. De plus, les hommes étaient présents. Pas en grand nombre, mais assez pour constater que, petit à petit, ils comprennent qu’ils font partie de cette évolution.

Mais si c’est possible de changer les choses, il faut s’accrocher et y croire, car ces changements s’opèrent par des gens passionnés et courageux qui avaient comme message que nous pouvons tous être des vecteurs de changements. Alors, pourquoi garder ces découvertes pour nous alors qu’on peut partager et inciter tout le monde à faire partie de ce changement? Même les agences s’y mettent, il fallait voir les grands réseaux commanditaires de 3%, comme Publicis, FCB, Sid Lee, Havas, DDB et bien d’autres pour comprendre que ces entreprises, entre autres, vont contribuer à changer les choses et donner envie de croire que c’est possible.

SALLY KRAWCHECK, photo: Bronac McNeil

 

What if we changed the game? – Sallie Krawcheck

«Les femmes ne pourront atteindre l’égalité totale tant qu’elles n’auront pas atteint l’égalité financière» et l’argent est encore beaucoup trop l’affaire des hommes, selon ce que Sallie Krawcheck a raconté lors de sa conférence. Les femmes gagnent encore moins que les hommes et elles vivront plus qu’eux d’environ six ans. Pour contrer cet écart, cette vétérante de Wall Street a fondé Ellevest, une plateforme d’investissement numérique novatrice et exclusive aux femmes. Sa conférence était un véritable wake up call pour encourager les femmes à prendre leurs finances en main et leur dire qu’elles n’ont, en fait, rien à envier aux hommes en ce domaine. Elles sont d’ailleurs en train de prendre leur place comme gestionnaires de fonds, entrepreneures et gestionnaires d’entreprises.

Alors, investir pour les femmes par les femmes dans des entreprises qui font la promotion des femmes? C’est ce que Sallie Krawcheck appelle de la finance féministe et c’est ce qu’Ellevest s’emploie à faire.

Speaking Truth to Power – Elizabeth C. McLaughlin

Elizabeth C. McLaughlin, photo: Bronac McNeil

 

2018 a été une année charnière pour les femmes, mais aussi une année où il a été difficile de garder le cap et l’espoir, avec la révélation d’une série de scandales d’abus sexuels et de violations de leurs droits. Dans cette tourmente, la fondatrice du Projet Gaia pour le leadership féminin, Elizabeth McLaughlin, est apparue comme le phare qui allait nous guider vers la lumière.

Dans son discours, elle nous a mis au défi d’utiliser notre créativité pour écrire une nouvelle page d’histoire. Elle a toutefois lancé une mise en garde en précisant que nous devions le faire à condition de nous taire d’abord, puis d’écouter ce que les autres ont à raconter. «Nous devons ouvrir la porte à ceux qui, historiquement, ont été réduits au silence et les protéger contre ceux qui cherchent encore à taire leurs voix.»

Creativity at scale ou le défi d’être une femme directrice de création

Une table ronde très animée composée de trois grandes pointures de la publicité: Della Mathew (chef de groupe création d'Ogilvy New York), Tracie Roberson (conceptrice-rédactrice de Leo Burnett Chicago) et Shannon Washington (directrice de la création de Deutsch Los Angeles).

Tracie Robertson photo: Bronac McNeil

La discussion a commencé à propos de l’importance de créer des agences où les gens ont envie de rester plutôt que d’essayer de toujours recruter de nouveaux talents. Mais l’échange a vite dévié sur la pénurie de modèles féminins quand Tracie Robertson a lancé la réflexion suivante: « L’équipe de direction de Popeye reçoit plus de formation en leadership que nous!» Shannon Washington a immédiatement poursuivi: «Quand on est une femme directrice de création, l'on commence notre carrière avec un déficit, car on est consciente de ce qu’on ne devrait pas faire et de ce qu’on n’a pas appris et, surtout, parce qu’il n’y a personne pour nous enseigner comment faire.»

Alors, par où commencer? Della Mathew a proposé de partager nos questionnements avec nos collègues, même celles qui n’ont pas le même niveau d’expérience. Car même si les problèmes rencontrés sont similaires, on les vit chacune différemment. Qui sait, c’est peut-être là le début d’une approche féminine du leadership.

Stop Telling Women to Be Confident  Start Letting Them Be Angry – Soraya Chemaly

Soraya Chemaly

photo: Bronac mcneil

«Au travail, les femmes ne pleurent pas parce qu’elles sont tristes. Elles pleurent parce qu’elles vivent de profondes frustrations.» Le discours de Soraya Chemaly, auteure de Rage Becomes Her: The Power of Women’s Anger, en était l'un de ceux qui font hocher la tête d’approbation en continu pendant toute sa durée. C’est un biais bien connu et bien documenté: la colère n’est pas perçue de la même façon lorsqu’elle est portée par une femme que par un homme. Une femme en colère est trop émotionnelle ou hormonale, alors qu’un homme qui monte le ton de la même façon est un leader passionné, exigeant tout au plus.

Pendant trop longtemps, l'on a demandé aux femmes de cacher leur colère, d’être «gentilles», de ne pas faire de vagues. Pourtant, la colère est un instrument vital, un puissant radar à injustices et un important catalyseur de changement, nous dit Soraya Chemaly. Et dans le contexte social actuel, il est bien plus que temps que les femmes se réapproprient cette émotion et l’assument pleinement. La colère des femmes est plus que justifiée, elle fait partie de la solution.

Looking for creativity in all the wrong places – Cindy Gallop

Chaque année depuis sept ans, c’est à Cindy Gallop que revient l’honneur de clore l'événement 3% Conference. Prêtresse américaine de l’équité homme-femme en publicité, elle n’a pas la langue dans sa poche et dégage un charisme contagieux qui inspire. Si Sheryl Sandberg suggérait aux femmes de «lean in» dans le système actuel pour progresser dans leur carrière, Cindy Gallop leur suggère plutôt de carrément casser le système existant pour mieux le reconstruire.

Cette année, Gallop s’est d’abord servie de sa plateforme et de sa notoriété pour mettre en lumière le travail d’autres femmes, avant d’entrer dans le vif du sujet: l’âgisme en pub. Si l’iniquité homme-femme reste un problème dans notre milieu, l’âgisme en est un autre aussi présent et dont on parle moins souvent, les principaux intéressés n’étant bien souvent plus là pour amorcer la discussion. Cindy Gallop, 58 ans, invite les publicitaires à clamer haut et fort leur âge à l’aide du mot-clic #SayYourAge et à imaginer une industrie publicitaire de l'avenir qui comprend l’importance d’embaucher des gens plus âgés, ou, comme elle aime les appeler avec raison, des experts.

Son allocution de 2018 n’était pas encore disponible sur YouTube au moment de la rédaction de ces lignes, mais vous pouvez voir ou revoir un extrait de celle de l’année dernière ici.

Finalement, ce que nous retenons de 3% Conference, c’est qu’elle représente une vitrine incroyable pour découvrir les dernières initiatives qui contribuent à multiplier la diversité, augmenter la créativité et nous rapprocher de l'équité tout en faisant grimper les profits au passage. Une fois que les grands joueurs de notre industrie l’auront compris, les choses se mettront à bouger. D’ici là, pour changer le monde, on peut bien continuer de rêver aux mains tendues, mais ce qu’il faudra plutôt faire, c’est de tordre des bras. #BringIt

 

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Cofondatrice de Femmes en créa, Caroline Joassin-Bruneau est aussi conceptrice-rédactrice de Havas Montréal.

 

 

 

 

*Cet article est écrit en collaboration avec Sarah-Catherine Lacroix et Adriana Palanca, cofondatrices de Femmes en créa.

 

Photo: 3 percent movement