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Femmes en créa: déjouer les réflexes

Il y a près d’un an, un mouvement suscitait la commotion dans l’industrie publicitaire québécoise. Revendiquant les intérêts de femmes en création, en quête d’équité dans les postes de direction, Femmes en créa a contribué à ouvrir les esprits en agences et dans le milieu. 

Dans la foulée d’un puissant changement culturel qui a radicalement remis en cause la façon d’envisager le pouvoir et ceux qui l’ont, Femmes en créa réclamait une industrie capable de considérer l’humain avant le sexe: dans le processus d’embauche, l’octroi de promotions, les projets distribués. Force est d’admettre qu’il n’y a pas des tonnes de candidates en direction de création. Le bassin étant plus restreint, le travail est certainement plus grand pour trouver la bonne personne. Mais depuis un an, «cet effort est constaté», disent-elles.

«Le mouvement est parti sur les chapeaux de roue, lance Caroline Joassin, conceptrice-rédactrice de Havas Montréal. On a rédigé une lettre, plus de 100 femmes l'ont vite signée, on l’a publiée. Il y a eu Équité Poker, puis l’offensive lors du concours Créa 2018. Après, on s’est dit qu’il fallait s’asseoir pour mieux se structurer.»

EN CRIANT LA RÉALITÉ DES FEMMES EN AGENCES FRANCHEMENT, SUR LA PLACE PUBLIQUE, ELLES ESTIMENT QUE DE NOUVEAUX RÉFLEXES SERONT CULTIVÉS À L’INTERNE. 

D’une impulsion «qui mijotait depuis quelques années», portée par les mouvements mondiaux d’autonomisation féminins comme #MoiAussi, Time’s up ou Free the bid, le groupe est officiellement devenu un organisme sans but lucratif il a quelques mois. Cette nouvelle structure lui permettra certainement de trouver du financement et de faire évoluer l’organisation plus vite. «On en est encore à nos balbutiements, note Sarah-Catherine Lacroix. On avance à petits pas en parallèle à nos emplois respectifs.»

Si les hommes sont souvent engagés ou promus pour leur potentiel, l’avancement des femmes repose davantage sur la foi des résultats tangibles au moment de l’embauche, selon les deux cofondatrices. Même son de cloche pour la distribution des projets dans les services de création, souvent repartis selon des biais de perception. «Les offensives humoristiques sont proposées aux hommes, alors beaucoup de femmes se voient encore restreintes à la conception de campagnes d'affaires, parce qu’ils sont drôles et qu’elles sont organisées.»

Même si elles se positionnent pour le moment en faveur des quotas, Femmes en créa rappellent qu’il est primordial d’inclure les hommes dans le discours, qui font aussi parti de la solution. «Certains proposent un coup de main, d’autres veulent même leur carte de membre», ajoute Sarah-Catherine Lacroix.

L’effet Femmes en créa s’est propagé bien au-delà du strict univers créatif. Les dirigeants d’agence proviennent généralement du service-conseil, selon Sarah-Catherine Lacroix. Si 75 ou 80% de ces services sont composés de femmes, 75 ou 80% des postes de direction sont pourvus par des hommes. Un problème différent, «mais pas moins important».

FEMMES EN CRÉA RÉCLAMAIT UNE INDUSTRIE CAPABLE DE CONSIDÉRER L’HUMAIN AVANT LE SEXE. 

En criant la réalité des femmes en agences franchement, sur la place publique, Caroline Joassin estime que de nouveaux réflexes seront cultivés à l’interne. «On a reçu plusieurs témoignages de femmes disant avoir trouvé le courage de revendiquer certains postes, une hausse salariale, en plus des offres d’emplois qui ont suivi la naissance du mouvement.» 

Entre le réseautagela consultation pour l’élaboration de la Bourse Madeleine Saint-Jacques et la première formation Brisez le plafond de verre, propulsez votre carrière, le groupe Femme en créa est devenu en quelque sorte un point de contact dans les enjeux qui touchent les femmes du milieu. Plus de modèles féminins forts, davantage de femmes dans des positions d’autorité et du mentorat en agence, peu importe le sexe.

Consultez le dossier intégral pour découvrir toutes les Personnalités Infopresse 2018.

 

De gauche à droite: Caroline Joassin, Patricia Doiron, Sarah-Catherine Lacroix, Adriana Palanca. Photo: Luc Brissette