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CultureFest: innover en remettant en question les conventions

Qu’elle soit synonyme d’empathie pour Valérie Robitaille, cofondatrice et PDG de XpertSea, d’agilité pour Tristan Vendé de Décathlon Canada ou d’écoute pour Louis Morissette, auteur et producteur de KOTV, l’innovation n’est pas réservée qu'aux prodiges de la technologie ou au domaine de l’intelligence artificielle. Elle se traduit aussi dans les modèles de gestion d’entreprise.

Concept de la firme technologique GSoft, l'événement CultureFest 2018 invitait les membres des organisations à repenser et à reconstruire le monde du travail. Trois visages différents de l’innovation remettant en question les conventions de leurs industries distinctes ont expliqué le délicat équilibre à maintenir dans une gestion «moderne et inclusive», hors du champ d'affaires traditionnel.  

L'humain malgré la technologie

XpertSea permet aux producteurs aquacoles et aux centres de recherche de générer, de stocker et d’analyser les données de leurs populations aquatiques. Comme elle travaille principalement dans les pays en voie de développement, «les défis sont plutôt d’ordre humain que technique», indique Valérie Robitaille, malgré la technologie du produit.

Valérie Robitaille

XpertSea

L’élevage de crevettes du Vietnam a été le premier marché percé par l’entreprise de Québec. Pour les fermiers de cette division de l’aquaculture, l’innovation se traduit davantage pour le fait de substituer crayons et papiers par un écran tactile, bien que la nouveauté réside dans la mesure automatique des organismes vivants.

Pour Valérie Robitaille, il est nécessaire de s’adapter à la définition de l’innovation du marché à atteindre, pour que consommateurs et utilisateurs soient au centre de ces initiatives. L’innovation doit ainsi partir d’un besoin, même s’il n’a pas encore été déterminé par la partie visée. «Plusieurs fermes ne voulaient pas adopter la solution parce qu’elle allait éliminer les pratiques de corruption bien établies dans le pays. Il y a une certaine perte de contrôle dans l’innovation.»

Renverser la hiérarchie pyramidale 

Tristan Vendé de Décathlon Canada croit aussi qu’un changement de garde rime avec une certaine perte. Bien qu’il soit dirigeant, il ne possède pas de titre, car l’entreprise n’a pas vraiment de hiérarchie. La filiale canadienne du groupe mise plutôt sur le principe de subsidiarité, les décisions étant prises par des employés jouissant d’un maximum de liberté.

Tristan Vendé

Décathlon Canada

Le modèle de gestion adopté par Décathlon est à la portée de toutes les entreprises, selon Tristan Vendé, qu’elles soient un assureur ou une manufacture de chaussures, mais peut-être pas pour tous les dirigeants. «Ce genre d’organisation du travail qui renverse la hiérarchie pyramidale traditionnelle sous-tend une perte de pouvoir. Il faut accepter que la solution apportée ne soit pas nécessairement la sienne.»

Sans podium ni classement, le chiffre d’affaires n’est pas un objectif, mais une conséquence chez Décathlon Canada. «L’acte d’achat n’est pas une obsession. On a préféré définir un cadre de valeurs et de directions vers lesquelles on tend comme idéal.»

Une équipe «bicéphale»

Louis Morissette

kotv

Pour Louis Morissette, qui gravite dans un milieu davantage en survie qu’en croissance, il est primordial de comprendre son industrie et de maîtriser son discours pour y introduire l’innovation. En se donnant le droit à l’erreur, «on a voulu réinventer un cadre bien connu, en donnant l’impression que la méthode est différente».

«Il faut être bicéphale en production de contenu, en considérant l’avenir à long terme, en plus de la réalité immédiate, précise-t-il. Nous avons une équipe pour les projets plus journaliers et une autre pour ceux de longue haleine.» Deux cellules de travail pour deux échelles temporelles donc, afin d’atteindre des objectifs concrets, mais en toute humilité.

Dans un milieu d’affaires en pleine évolution qui pousse à revoir le mode organisationnel, comptant presque autant de modèles de gestion que d’individus, il faut porter une attention particulière aux bons coups, conclut Louis Morissette.