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La hausse du salaire minimum pourrait faire mal aux PME

Québec a annoncé le 17 janvier une hausse du salaire minimum, qui passera de 11,25$, à 12$ l'heure, à partir de mai prochain. Cette augmentation ne sera pas sans impact pour les petites entreprises et les consommateurs. 

Les 75¢ supplémentaires versés aux 352 900 travailleurs qui touchent actuellement le salaire minimum, composés principalement des femmes, représentent une hausse de 6,7%, soit presque trois fois plus élevée que l’inflation.

martine hébert

fcei

Environ 73% des entreprises comptent moins de 10 employés au Québec, et la moitié en ont moins que cinq. «Des hausses rapides et importantes du salaire minimum causent une pression plus grande sur les petites entreprises, qui doivent préserver l’équité et l’ancienneté sur l’ensemble des salariés», explique Martine Hébert, économiste et vice-présidente principale de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI).

La réalité des PME

Martine Hébert balaie le mythe du patron «qui s’en met plein les poches», accusant au passage, un manque de respect envers les petits employeurs et commerçants, en ville comme en région, «qui participent activement à la diversité économique du Québec, en plus de se battre avec les multinationales». 

«Le chiffre d’affaires médian des 250 000 établissements employeurs au Québec gravite autour de 425 000$, excluant toutes déductions», stipule l’économiste. Le prix du loyer, l’électricité et la main-d’œuvre, qui occupent une grande partie des coûts d’exploitation, ne sont donc pas pris en compte. Et dans le commerce de détail, la marge de profit annuelle peine à atteindre 2 ou 3%.

«Plus de 50% de nos membres en Ontario désirent réduire ou annuler leur plan d’embauche, en plus de hausser leur prix. Et un commerçant sur cinq compte remplacer les travailleurs par la technologie», soutient Martine Hébert, selon une étude menée par la FCEI, en décembre dernier. L’Ontario a récemment fait grimper son salaire minimum à 14$ l’heure, en vue d’atteindre 15$ en janvier 2019.

Lutter contre la pauvreté, autrement 

Cette hausse respecte pourtant le cadre du plan quadriennal du gouvernement visant à atteindre, en 2020, un ratio équivalent à 50% du salaire horaire moyen, sans l'excéder. Le Québec touche presque le plein emploi, le taux de chômage ayant atteint 5,4% en décembre dernier, ce qui représente le taux le plus bas depuis 1976, année où des données comparables ont commencé à être publiées.

«Cette mesure mur à mur refile la facture à l’ensemble des employeurs, en plus de générer des iniquités dans les PME», ajoute Martine Hébert, qui considère qu’une réduction des charges fiscales constituerait une mesure plus optimale pour lutter contre la pauvreté.

Un salaire plus important s'accompagne généralement d'une augmentation du fardeau fiscal: impôts, cotisations, régime des rentes, régime québécois d’assurance parentale, assurance-chômage et assurance-médicaments sont donc augmentés, et le crédit d’impôt pour la solidarité diminué. «Si le gouvernement veut augmenter le pouvoir d’achat des particuliers, la hausse salariale devrait s’accompagner d’une révision globale de la fiscalité», conclut Martine Hébert.