Se réconforter en se disant qu'on n'est pas si pire, se rassurer
en pensant qu'on a un style québécois, ça n'a jamais
aidé personne à avancer. Ça nous contraindrait plutôt
à du surplace. C'est moins effrayant, on vaque à son petit
train-train, on ne prend pas de risque, donc pas de risque de perdre gros,
mais aussi aucune chance de gagner gros. Pourquoi changer de style ? Pourquoi
explorer ? Pourquoi ne pas copier ou suivre la tendance ? C'est facile et
ça marche, tout le monde suit les tendances.
Mais alors, qui suivons-nous ? Qui a lancé ces tendances ? Un designer
dans son sous-sol ? Une petite entreprise ? Une moyenne ? Ou même
une grosse ? Peu importe la grosseur et la région de l'entreprise,
c'est l'énergie et l'effort de faire la différence qui comptent.
C'est prendre une ou deux journées de plus que le budget le permet
pour un meilleur résultat. C'est expliquer aux clients ce qu'est
la différence. C'est leur montrer que les designers ne sont pas des
marionnettes pour réaliser leurs idées, mais bien des professionnels
qui poussent les limites et brassent les idées préconçues
afin de mener le client à un niveau supérieur. Nous sommes
responsables de la bonne création. Ni le client ni le designer ne
gagnent à rester au même niveau.
Pourquoi sommes-nous si friands des livres de design de Londres ? Pourquoi
nous extasions-nous devant les Hollandais ? Pourquoi sommes-nous intrigués
devant le design japonais ? Pourquoi associe-t-on automatiquement le mot
« design »
à la Suisse ? Parce que les designers de ces communautés ont
osé explorer, faire la différence et trouver de nouvelles
façons de communiquer.
Cette année, j'ai regroupé des designers québécois
qui ont vécu des expériences au-delà de nos frontières.
Des gens qui ont travaillé dans d'autres pays ou qui y ¦uvrent
encore : un designer d'Amsterdam, un autre de Paris, une fille passée
par Toronto et Melbourne en Australie, deux autres qui ont étudié
au Royal College of Art de Londres, une designer de Québec. Un jury
québécois d'expérience internationale. Que pouvais-je
demander de plus ? Je voulais les voir ébahis
et déçus, voir à travers des yeux neufs, ne pas se
perdre dans la culture québécoise, mais la comprendre, ne
pas juger une personne ou une entreprise, mais le travail accompli.
Ils ne m'ont pas déçu et vous ont fait honneur. Ce jury fut
très animé. Des gens de styles et de goûts différents,
d'accord et pas d'accord, parfois calmes, parfois enflammés, un jury
ni mou ni partial. Je les en remercie et salue l'équipe de Grafika,
qui nous a permis de les recevoir et nous a endurés.
Résultat des débats : des catégories plus fortes que
jamais et d'autres extrêmement décevantes, sachant que des
pièces magnifiques que j'avais vues durant l'année n'ont même
pas été présentées par leurs créateurs.
Bref, du design de calibre international qui méritait plus de compétition.
Arrêtez de chialer et envoyez vos pièces. Et surtout, voyez
comment des Québécois peuvent réussir au-delà
des frontières.
À vous de jouer !
Daniel Fortin
Président du jury Grafika 2003
Jury 2003
Daniel Fortin
Président et directeur de création
Époxy dfortin@epoxy.ca