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Sur les traces d’Anakin Skywalker?

Vincent Marissal Ancien directeur principal de Tact Intelligence-Conseil, maintenant candidat, Québec Solidaire

Dans le nouveau guide annuel Infopresse, sorti en mars dernier, Vincent Marissal, alors directeur principal de la firme Tact Intelligence-Conseil, s’exprimait sur son passage du journalisme aux relations publiques.

Il paraît, selon certains ex-collègues, que je suis passé «du côté obscur de la Force», une image plutôt comique, qui laisse entendre que j’ai suivi les traces d’Anakin Skywalker et que, poussé par des pulsions maléfiques, je suis devenu Darth Vader. Ce que je trouve comique là-dedans (ou désolant, selon mes humeurs), c’est cette idée simpliste selon laquelle le monde médiatique n’est peuplé que de preux chevaliers aux pratiques et aux intentions exemplaires alors que de l’autre côté, celui des «RP», on ne trouve que de vils et inquiétants personnages aux intentions nécessairement malveillantes.

La réalité, comme c’est souvent le cas, est plus nuancée que cette métaphore lucassienne. En plus de 25 ans de journalisme, j’ai côtoyé d’excellents journalistes, dont certains sont encore à ce jour des modèles pour moi. J’ai, malheureusement, eu à fréquenter aussi des gens à l’éthique et aux méthodes douteuses, à l’intellect mou et au talent limité. Depuis que je suis passé de l’«autre côté du miroir» (je préfère cette expression de mon sage collègue, André Sormany), j’ai rencontré des relationnistes-conseillers-consultants-gestionnaires brillants et droits, plusieurs âgés de moins de 40 ans. Je présume qu’il y a aussi des gens incompétents dans la profession, mais ceux-ci, il va sans dire, ne m’attirent pas.

Loin de moi l’envie de cracher dans la soupe que j’ai tant aimée et qui m’a nourri, au propre comme au figuré, pendant plus d’un quart de siècle. J’ai adoré le métier de journaliste et j’ai le plus grand respect pour les gens qui le pratiquent avec passion et droiture, surtout en ces années troubles de fausses nouvelles et de recherche effrénée du «clic». Les salles de rédaction sont soumises à un régime d’austérité éprouvant. Les journalistes sont pressurisés, plus que jamais, dans un environnement où l’on distingue parfois mal les frontières entre intérêt public et recherche de l’«exclusif».

On assiste aussi à la prolifération du « commentaire instantané», que j’appelle du «fast-food for thought». Faut bien nourrir la bête, quitte à lui fourguer des calories vides. Je ne vise personne en particulier. Je me suis moi-même souvent retrouvé sur des plateaux de télé ou derrière un micro de radio à devoir commenter, avec quelques minutes de recul à peine, des événements qui, normalement, auraient demandé des heures de recherches et de réflexion. «Expliquez-moi, rapidement – il nous reste peu de temps – quelles sont les répercussions de ce jugement majeur de la Cour suprême dans cette cause qui déchire le pays depuis 10 ans?» Ou encore: «En 30 secondes, dites-moi quels seront les effets de l’annulation de l’Alena pour le Canada ?» Et ma catégorie préférée: «Est-ce que le gouvernement peut réellement renverser la vapeur et espérer gagner les prochaines élections… dans 18 mois?» J’ai maintes fois été confronté à des questions toutes simples, comme ça, qui exigent une réponse instantanée, de quelques secondes, avec un «oneliner» punché pour faire image, si possible… Pas étonnant qu’on finisse parfois par prendre des raccourcis.

La profession de journaliste a changé, assurément, mais je garde confiance en la capacité des salles de rédaction solides et des reporters rigoureux de se sortir de la crise actuelle. J’ai défroqué, mais j’ai encore la foi. Ce n’est pas un hasard si l’un des premiers mandats que j’ai décrochés chez Tact est d’accompagner la Fédération nationale des communications (CSN, qui représente la grande majorité des journalistes syndiqués au Québec) dans sa croisade pour convaincre le gouvernement fédéral d’aider les journaux menacés par les profonds bouleversements de leur modèle d’affaires.

Un organe de presse peut bien battre son «record de clics quotidiens» avec un potin croustillant à propos d’une starlette courtement vêtue ou faire un succès sur les réseaux sociaux avec une chronique-polémique-coup-de-gueule, mais je crois que c’est avec des nouvelles bien ficelées et avec des enquêtes sérieuses qu’il s’érige durablement sur des assises crédibles. Les médias devraient laisser le «viral» aux réseaux sociaux et s’occuper de ce qui est vital pour la démocratie: jouer le rôle de chien de garde devant les pouvoirs publics, diffuser des nouvelles d’intérêt public, analyser les grandes décisions et faire rayonner la culture.

Quant à mon nouveau métier, je vous en reparlerai volontiers dans quelques mois. On vérifiera en même temps si je suis bel et bien en train de me métamorphoser en Darth Vader…

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Ce billet de Vincent Marissal est tiré de la section «Idées» de la première édition du nouveau guide annuel d’Infopresse sorti en mars dernier. Retrouvez-y les points de vue et les observations de divers experts de l’industrie sur des enjeux d’actualité.

Ce nouvel ouvrage de référence, qui réunit notamment les contenus des anciens guides annuels des Médias et des Entreprises de services en communication, ainsi que les résultats des concours, est offert à la boutique Infopresse, en version imprimée ou numérique.

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.