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Le besoin de vérité est-il mort sur les médias sociaux?

Thoma Daneau Stratège numérique, http://daneautruong.com/

– Ayoye, Barack Obama a six doigts!
– Comment peux-tu dire ça?
– J'ai vu un article passé sur Facebook et 10 de mes amis l'ont partagé, ça doit être vrai.

Mesdames, messieurs, la vérité n'est plus importante.

Si la vérité n'est plus importante, qu'est-elle devenue alors?

  • Nombre de pages vues
  • Nombre d'engagements
  • Statut social
  • Autres chiffres imaginaires

N'importe qui peut se ranger derrière son clavier et inventer une fausse nouvelle, mais lorsque tout le monde croit en la véracité de cette nouvelle, le fait qu'elle soit fausse n'a plus d'importance.

Je ne suis pas ici pour vous parler de la rigueur journalistique qui n'est pas de mise pour la majorité des sites web, mais plutôt pour vous dire que la vérité est morte et que tout le monde est coupable.

Les médias sociaux ont tué le besoin de vérité.

Non, bien sûr, ce n'est pas une nouveauté des médias sociaux, mais c'est un phénomène récemment accentué et accéléré, disons-le comme ça. Pourquoi en effet dire la vérité quand on peut accumuler des j'aime ou des commentaires sur les médias sociaux?

Mais pourquoi ai-je décidé d'en parler? Parce que les fausses nouvelles font partie de nos vies, parce qu'elles y prennent de plus en plus de place, et parce que ce n'est plus un sujet d'importance que pour ceux qui recourent à la technologie. 

Avec les dernières élections américaines, le sujet des fausses nouvelles a pris de l'ampleur. Le problème avec celles-ci n'est pas le fait qu'elles soient fausses, mais plutôt qu'on y croit et qu'on les partage. N'importe qui peut se ranger derrière son clavier et inventer une fausse nouvelle, mais lorsque tout le monde croit en la véracité de cette nouvelle, le fait qu'elle soit fausse n'a plus d'importance.

Faisons une mise en situation. Imaginez-vous un article qui semble trop fou pour être vrai, quelles seront vos étapes de réflexion pour déterminer si ce que vous lisez est véridique?

Est-ce que c'est vrai? Regardons d'abord la photo!

La personne qui aura cliqué sur l'article pourra peut-être voir un montage Photoshop, une photo prise hors contexte ou encore une photo normale.

«Ça doit être vrai, y'a une photo!»

Est-ce que c'est vrai? Lisons le texte!

Alors, vous pourrez lire un texte de peut-être 100 mots, 150 si la personne qui l'a écrit est en forme. L'article ne viendra sûrement rien ajouter de plus, mais cela vous aidera à ajouter du contexte au titre, même si parfois les textes dévient sur un autre sujet complètement.

Mais suis-je certain que c'est vrai? Regardons la source

Yeah right, comme s'il allait y avoir une source. Recherche terminée, on peut conclure que l'article dit la vérité, la fausse nouvelle se met alors à circuler sur internet et rien ne peut plus l'arrêter.

Maintenant, s'il y avait une source, qui la vérifierait? 

De nos jours, les médias sociaux sont une des sources principales d'achalandage sur le web. Donc, on voudra plaire aux utilisateurs afin d'avoir plus de visiteurs sur nos sites (et faire plus d'argent). Je ne veux pas pointer le doigt vers ces sites non plus, il n'y a rien de mal à la rentabilité.

Pour tous ceux qui prennent la décision de publier que la vérité, il y en aura beaucoup trop qui décideront de se contenter du contraire. 

Prenons un utilisateur Facebook moyen. Il cherche peut-être simplement un peu de gratification virtuelle et il trouvera son compte par l'entremise de personnes qui s'intéressent à ce qu'il dit ou fait. 

Pour tous ceux qui prennent la décision de publier que la vérité, il y en aura beaucoup trop qui décideront de se contenter du contraire. De ce fait, qui est réellement intéressé à partager un article qui traitera de la vérité, alors qu'il existe des sujets beaucoup plus tape-à-l’œil, qui poussent automatiquement à la discussion et au partage? 

Qui est dans le tort? Tout le monde

  • L'utilisateur qui se laisse berner.
  • L'utilisateur qui commente ou partage une nouvelle sans cliquer pour la lire et essayer de se faire une opinion.
  • L'utilisateur qui partage à son tour pour faire partie du mouvement.
  • Le réseau social qui te montre une quantité importante de contenu en lien avec ce que tu as aimé préalablement.
  • Le média qui veut augmenter ses impressions.
  • Les marketeurs qui, eux aussi, souhaitent augmenter l'impression des produits qu'ils mettent en marché. 

Comment tout ça pourrait changer?

À la fin, ne pas faire attention risque de vous coûter cher. Par exemple, si vous n'accordez pas suffisamment d'importance à l'emplacement où vous mettez vos publicités, elles risquent de se retrouver sur des sites douteux ou surchargés en publicités. Encore là, on se fait dire par Google que nos placements sont censés être sécuritaires. Donc, il est facile de jouer les innocents.

 

En tant que professionnel des communications, ça fait partie des choses qu'on doit être en mesure de comprendre pour essayer d'éduquer ceux moins au fait avec le concept de monétisation du web. Je pense surtout à comment les annonceurs s'y prennent pour attirer le plus de visiteurs possible sur leurs sites web afin d'augmenter les revenus publicitaires, et cela, même si ça vient changer la nature du site. On n'a qu'à penser à MétéoMédia, qui mettait récemment de l'avant une vidéo d'un fossile de plus de 10 000 ans à Los Angeles... Un sujet qui s'éloigne nettement de son activité principale.

Malheureusement, il n'y a pas de solution facile. Pour tous les médias qui décident de faire attention, une poignée d'autres sont là pour s'accaparer tout cet achalandage facile. 

Je crois qu'il est du devoir de tous de faire plus attention. Après tout, que celui qui n'a jamais cru une fausse nouvelle me lance la première pierre.

J'allais écrire un long paragraphe parlant des algorithmes, de Google et Facebook, mais au final, la vraie solution appartiendra toujours à l'utilisateur derrière son écran.

 

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

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