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Crise de talent dans le monde publicitaire: ne jouons pas à l'autruche

Thoma Daneau Stratège numérique, www.thomadaneau.com/

Je réagis ici à l'article relatant l'émission Bêtes de pub dans laquelle Stéphane Mailhiot et Arnaud Granata se questionnaient sur le manque de ressources dans les agences de publicité. Laissez-moi vous répondre sans gants blancs. 

Avertissement: ça ne va pas vous plaire.

Pourquoi les agences de pub éprouvent tant de difficultés à recruter? Voici plusieurs raisons aussi sujettes au débat les unes que les autres. 

L'une est qu'on a très souvent entendu qu'en agence, «il faut travailler en fou, mais les partys sont fous». Certains vous diront que c'est en effet le cas. Pour un party Infopresse (toujours bien agréable), on a quelques soirées à passer à se presser le citron pour essayer de rentrer dans les heures facturables au client. On nous fait miroiter que travailler en marketing, c'est contrôler le monde, donc, ça vaut bien quelques heures.

Merci Mad Men.

Le problème est que les agences ont façonné la perception du travail de manière à ce que ce soit «cool d'y travailler» avant d'être «un emploi à long terme». 

Également, on entend qu'il est palpitant d'aller en agence travailler pour un gros annonceur. Ce qui est souvent synonyme de la perte dudit compte et de la suite des choses, c'est que l'agence vire la moitié de ses employés. Pour avoir vécu cette situation exacte, ce n'est pas très agréable. Alors, d'un côté, l'on a les petites agences, qui détiennent des comptes moins d'envergure (discutable) et les grosses, avec des gros comptes dont les pertes restent longtemps dans la tête des gens. 

Le problème des agences, c'est aussi les prix. On fait miroiter des prix qui, au final, ne sont remis qu'à quelques agences (discutable aussi). On favorise les grosses avec un budget de créativité très élevé. C'est bien de gagner des prix, ça fait du bien de gagner des prix, allons gagner des prix chez le voisin. 

Continuons. Les agences de pub payent toujours moins que les annonceurs. Pourtant, externaliser les tâches à une agence coûte beaucoup plus cher qu'un employé. Les agences sont-elles mal exploitées? C'est une autre histoire.

On fait miroiter des prix qui, au final, ne sont remis qu'à quelques agences. 

Le problème est que les agences ont façonné la perception du travail de manière à ce que ce soit «cool d'y travailler» avant d'être «un emploi à long terme». On a misé longtemps sur un taux de roulement élevé, car on emploie beaucoup de coordos à bas prix.

Maintenant, si l'on creuse vraiment plus loin dans ce petit monde, on trouvera... le bitchage d'agence. Combien de fois avez-vous entendu dire du mal d'une agence? Comptez par jour pour simplifier le calcul. Combien de fois avez-vous entendu dire du mal d'un annonceur? Comptez par heure pour simplifier le calcul. Nous sommes dans une industrie qui prend plaisir à valoriser seulement les grands coups et la crème de la crème du marketing.

«Quoi, vous ne faites pas encore de réalité virtuelle et de la 5D, vous vivez en 2014 ou quoi?» Alors que la moyenne de l'industrie a encore de la misère à vraiment évoluer rapidement, on nous brandit seulement les bons coups, laissant tout annonceur qui n'a pas 100 000$ en budget en reste.

N'étant pas du côté annonceur, qui ne compte pas ses heures (discutable), on ne peut donc pas passer des heures à être créatif sans travailler hors des heures de bureau, l'on se retrouve donc à miser sur les valeurs sûres.

Arrêtons de jouer à l'autruche, je pense que ce monstre qu'est l'agence de publicité a été créé par nous, et nous le nourrissons constamment.

Au final, on s'aime pareil.

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

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