La référence des professionnels
des communications et du design

Et si l'on faisait pitcher trois ou quatre dentistes?

Sonya Bacon Directrice, stratégie, santé et mieux‑être, KBS Montréal

Aller chez le dentiste, c’est un mal nécessaire; on y va parce qu’on n’a pas le choix, que c’est le temps de l’examen annuel ou qu'il faut combler ce trou qui provoque douleur et élancement dans la bouche. 

On s’installe confortablement dans la chaise, on confie notre mal à un professionnel qui, en moins de 45 minutes ou une heure, va nous faire oublier ce mal de dents. Il vérifiera notre santé buccale jusqu’au prochain rendez-vous dans six mois.

Maintenant, imaginez un instant la situation suivante: votre molaire vous fait très mal, vous croyez avoir besoin d’un traitement de canal. Vous décidez d’aller voir trois ou quatre dentistes, vous vous installez dans leur chaise – inspectez les lieux, regardez les diplômes du professionnel de la santé, échangez brièvement avec les employés de la clinique et, finalement, rencontrez le dentiste. Vous lui dites «Je n’ouvrirai pas la bouche, je vais vous choisir si vous avez des idées pour que ma bouche ne fasse plus mal et je vous paierai si je suis satisfait de votre prestation». Vous sélectionnez celui qui vous propose un traitement de canal au plus bas prix, alors que ce n’était qu’un plombage qui avait sauté.

Dans les dernières présentations d’agence auxquels j’ai participé, je me sentais exactement comme dans cette situation. Un client potentiel achemine une invitation à quelques agences qui semblent l’intéresser. Deux semaines de travail pour élaborer une méga-présentation comprenant: résumé de l’expertise de l’agence, compréhension du mandat, de l’approche proposée, d’une orientation stratégique et des idées tactiques ici et là – mais, bien sûr, pas de création, non, non, pas de création (en fait, si peu…).  

si vous vouliez revoir les taux horaires avec votre agence actuelle, peut-être vous pourriez vous asseoir ensemble et en discuter.

Au jour J, les agences défilent les unes à la suite des autres. Au moment où notre équipe présente, certains membres du comité de sélection regardent à gauche, à droite, rigolent avec un collègue, regardent par la fenêtre. À la période de questions, l'on nous bombarde: Vous n’avez pas d’autres idées? Qu’est-ce que vous pourriez nous proposer pour changer l’image de notre entreprise, augmenter les revenus, attirer davantage de non-utilisateurs, quel message serait plus percutant? On va à la télé ou à la radio? Ça se termine par: «Votre présentation manquait de profondeur». On est défaits, on croit qu’on a mal performé. Et on apprend que l'annonceur a décidé de rester avec son agence actuelle.

Mesdames, messieurs, pourquoi organiser un processus de sélection d’agence quand vous reconduisez votre agence actuelle? Cette agence possède, et à juste titre, une longueur d’avance sur n’importe quelle autre. Elle vous connaît, saisit l’univers de votre marque, comprend la catégorie, vos cibles, votre processus interne, ce qui a fonctionné par le passé et quels aspects pourraient être améliorés pour générer des revenus, changer l’image, aller chercher de nouvelles cibles. Si vous vouliez revoir les taux horaires avec votre agence actuelle, peut-être que vous pourriez vous asseoir ensemble et en discuter. Comme ça, vous éviteriez du travail inutile et de faux espoirs auprès des autres agences.

ce n’est qu’en ouvrant la bouche bien grande et se disant les vraies affaires qu’on développe un bon partenariat d’affaires.

Vous vouliez avoir de nouvelles idées fraîches, nouvelles et innovantes? J’aime dire et croire que pour ce faire, il faut agir comme dans le bureau du dentiste et ouvrir bien grande votre bouche pour partager votre connaissance du marché, de votre marque, de vos cibles et de ce que vous avez fait – considérer si la confiance pourrait s’installer entre vous – pour, à tout le moins, proposer des idées nouvelles. Ce n’est peut-être pas un traitement de canal qu’il vous faut, mais un plombage pour développer une nouvelle cible, activer de nouveaux marchés et ce n’est qu’en ouvrant la bouche bien grande et se disant les vraies affaires qu’on développe un bon partenariat d’affaires.

Aussi, soyez justes et loyaux dans vos attentes, vos intentions, puis soyez conscients des implications. À quoi ça sert d’aller voir quatre ou cinq dentistes si l'on n’ouvre la bouche qu’à un seul?

__

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

comments powered by Disqus