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Crise de talent? Plutôt une crise de l’engagement de notre milieu

Sonya Bacon Consultante en stratégie de marque, communications et marketing, Pigiste

25 ans. Ça fait 25 ans que le concours de la Relève Communications de l’APCM, anciennement connu sous le nom de la Relève Publicitaire, existe. 

Il y a 25 ans, Jacques Bouchard a compris que l’avenir de l’industrie des communications-marketing passe par une formation cohérente avec les réalités du marché et par une meilleure intégration des jeunes dans les milieux de travail.

Est-ce la formation qui est déficiente? Permettez-moi d’en douter.

Le concours qu’il a créé visait à développer une relève de qualité et, à l’époque, à pallier la non-existence d'une école de publicité spécialisée. Tous les pans du travail en communications-marketing, que ce soit en stratégie, création, gestion, recherche, médias, production, sont étudiés pendant un trimestre complet avec un vrai mandat d’un vrai annonceur. Cette année, la Saaq et Lg2 ont accepté de se prêter au jeu pour encadrer les 36 jeunes finissants universitaires. En fait, non, ce n’était pas un jeu, la Saaq a mandaté les étudiants pour un mandat auquel elle planche depuis plusieurs années.

La Relève n’est pas le seul concours qui existe, les Jeux de la communication, le Happening marketing, pour ne nommer que ceux-là, existent depuis longtemps. Dernièrement, les grandes agences, qu'il s'agisse de Cossette, Sid Lee ou Bleublancrouge, ont conçu leur propre programme de formation et de recrutement de futurs talents. Et il ne faut pas oublier que des programmes comme le Dess de HEC Montréal ou celui de maîtrise de l’Université de Sherbrooke visent à combler ce soi-disant manque d’une école de la publicité. Est-ce la formation qui est déficiente? Permettez-moi d’en douter.

y a-t-il crise de talents dans le milieu publicitaire? Je dirais plutôt qu’il y a crise de l’engagement de notre milieu. 

Le problème, c’est que les jeunes sortent du milieu universitaire et qu'ils se voient refuser l’entrée dans le milieu publicitaire avec très souvent une fin de non-recevoir qui ressemble à: «Désolé, mais vous n’avez pas l’expérience souhaitée.» Participer à ces concours ou suivre ces programmes de formation, c’est l’équivalent d’une expérience de plusieurs mois en agence et qui forge l’intention et la volonté de pratiquer ce métier.

Depuis 10 ans, je m’occupe de la gestion et de l’organisation du concours de la Relève Communications. J’ai vu passer de 30 à 42 étudiants par année, soit environ 360 en tout.

Parmi les participants, j’ai vu éclore du talent brut que ce soit du côté stratégique, créatif, en conseil, en médias et même en recherche. Aujourd'hui, parmi eux, des directeurs-conseils de grand talent, de directeurs de création et des concepteurs-rédacteurs ont remporté plusieurs prix, sans oublier des directeurs artistiques renommés ainsi que des planificateurs stratégiques et des chefs de marque du côté annonceur.

Y a-t-il crise de talents dans le milieu publicitaire? Je dirais plutôt qu’il y a crise de l’engagement de notre milieu. Tant mieux si les possibilités se sont diversifiées, car ça fait plus d’ouverture pour les finissants. Le problème réside souvent dans le fait que le milieu publicitaire n’a pas le temps, ni les ressources, ni la motivation nécessaire, pour encadrer ces jeunes qui ont tout le talent qu’il faut. On les accueille très vite, on leur donne quelques trucs et conseils pour le nouveau poste pendant leur première semaine d’intégration, puis, rapidement, on les laisse à l’abandon et l'on se croise les doigts en espérant que l’embauche soit bonne.

Le problème réside souvent dans le fait que le milieu publicitaire n’a pas le temps, ni les ressources, ni la motivation nécessaire, pour encadrer ces jeunes qui ont tout le talent qu’il faut. 

Peut-être que les jeunes se croient mieux servis par une cause qui est la leur et que l’entrepreneurship présente plus d’aspects séduisants qu’un emploi en coordination en agence où l'on affiche 40 heures semaines, mais qu’en réalité, c’est 50 heures, où le manque d’encadrement est flagrant et où le «débrouille-toi, tu dois faire tes preuves» est chose courante. Il est vrai que le modèle d’agence actuel est à revoir et qu’il est de moins en moins inspirant pour les jeunes et moins jeunes de s’y développer et d’y trouve son compte.

En fait, je n’ai qu’une chose à dire aux dirigeants d’agence: croyez en la relève, redonnez au suivant, la relève est votre avenir, investissez-vous en elle. Encadrez-les jeunes, motivez-les et, surtout, soyez bienveillants et accueillants, car le talent, c'est comme le reste, ça se cultive.

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

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