La référence des professionnels
des communications et du design

Sébastien Deland: entre fulgurance et dépendance

Simon Beaudry Directeur de création, K72

Directeur artistique virtuose, concepteur tireur d’élite de grand talent, Sébastien Deland faisait plier les genoux de n’importe qui dans l’industrie. Il était capable de concevoir en un mois ou deux plus de pièces mémorables que d’autres mettent une carrière à produire ou même ne produisent jamais.

J’ai connu son travail alors qu’il œuvrait chez Bleublancrouge. Lorsqu’il est arrivé chez Bos, je me suis dit à l’époque que c’était la meilleure acquisition de talent pur qu’une agence pouvait faire, et j’étais très impressionné. À cette époque, je me foutais de ce que je pouvais entendre à son sujet (déjà, ça jasait dans la populace publicitaire). Seul le résultat des créations m’importait. Hors de tout doute, Sébastien était le meilleur concepteur/directeur artistique d’images fixes que l’industrie avait pu connaître.

Il était très prolifique. Comme un sprinter, il performait sur un court laps de temps.

Ça m’attirait beaucoup d’avoir la chance de l’avoir près de moi pour me confronter à lui. Un de nos points en commun est d’avoir travaillé presque exclusivement avec le photographe Alain Desjean pour produire les pièces. Je ne me souviens pas combien d’années il a exactement travaillé chez Bos, un an ou quatre, mais ce court passage m’a permis de me rendre compte de plusieurs choses qui caractérisent le talent hors du commun qu’avait Sébastien.

Chez Bos, je l’ai vu de toutes les façons, autant dans sa fulgurance que sa grande souffrance, sa dépendance visible. C’est ce qui était le plus troublant avec Seb: qu’il puisse aller aussi haut et aussi bas rapidement.

Son processus créatif

Seb arrivait avec une idée qui te jetait par terre. Peu importe le brief, peu importe la stratégie, quelque chose s’imposait et tu le laissais juste faire pour que son diamant reste le plus brut possible jusqu’à livraison. C’était un guerrier kamikaze de l’exécution. Il était dur de travailler avec lui, car il s’autosuffisait. Les images qu’il créait se passaient de mots. S’il en avait besoin, il les trouvait par lui-même. En brainstorm, il ne valait rien. Il arrivait le lendemain après avoir travaillé seul dans son coin, puis boom, c’était la création la plus forte.

On se raconte tous un peu par les pièces qu’on conçoit, mais dans son cas, c’est comme s’il a tracé un portrait de ce qui le constitue avec ces créations-là.

Ce qui était surprenant aussi, c’était son intransigeance par rapport à ce qui était bon et mauvais. Il était en guerre ouverte contre l’insignifiance, qu’elle soit personnifiée par des individus ou des mandats publicitaires. Je ne sais toujours pas si c’était un publicitaire, mais il avait l’instinct plus développé que la majorité.

L'auto-sabotage

J’aurai tenté de l’aider le plus longtemps possible chez Bos. Quand j’ai été en position et en mesure de construire une agence (K72), je l’ai recontacté et l'on a travaillé trois mois ensemble. À ce moment-là, il avait l’air bien, il était tanné de ce qu’il faisait et je sentais qu’avec lui, on pouvait réinventer une nouvelle histoire. J’ai pensé envers et contre tous que l’histoire qu’on écrivait lui et moi pour bâtir l’agence que j’avais en tête était aussi celle de sa rédemption.

je me suis dit à l’époque que c’était la meilleure acquisition de talent pur qu’une agence pouvait faire, et j’étais très impressionné.

Quand Seb disait quelque chose par rapport au travail, j’étais toujours d’accord avec lui: il n’y avait pas de filtre entre nous. Il était très prolifique. Comme un sprinter, il performait sur un court laps de temps.

Lorsqu’il proposait un talent, je savais que c’était une personne exceptionnellement talentueuse. Comme un tison, il n’a pas été en mesure de finir l’histoire qu’on avait commencée ensemble. C’était il y a un an. Sa dernière idée aura été celle de DeFacto sur la dépendance. Celle-ci s’est rendue jusqu’à Cannes à Act Responsible.

 

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

comments powered by Disqus