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Des villes savent prendre la Pokéball au bond

Renaud Margairaz Fondateur, Éminence

Un mois, c’est le temps qu’il aura fallu à l’application Pokémon Go pour passer la barre des 160 millions$ de revenus. Ce qu’on aurait pu prendre pour un engouement passager est déjà devenu un phénomène mondial. 

On parle de plus de 100 millions de téléchargements et d’un temps d’utilisation moyen de 26 minutes par jour et par utilisateur (contre 22 pour Facebook) selon SensorTower. Pour vous donner une idée, l’application a été téléchargée par plus d’utilisateurs en une semaine que Tinder en cinq ans… ça donne le tournis.

Pokémon Go constitue l’outil rêvé pour accroître le potentiel touristique d’une ville.

Rapidement, les grandes marques ont voulu se tailler une part dans la pièce montée. Nous avons ainsi vu fleurir un parterre de stratégies commerciales visant à augmenter l’affluence de points de vente par l’instauration de «Pokéstops» et autres lieux de rassemblement de chasseurs de Pokémons. À l’instar des entreprises, les villes cherchent maintenant à profiter de ce phénomène. Et pour cause, Pokémon Go constitue l’outil rêvé pour accroître le potentiel touristique d’une ville.

Retour sur le concept de Pokémon
Pokémon est apparu en 1996 sur Gameboy et a vite séduit un grand nombre de joueurs par son aspect novateur et le sentiment de liberté qu’il procurait. L’exploration touristique est au cœur du scénario et le joueur est amené à découvrir des villes et des nouveaux territoires dans le but de capturer les 150 espèces répertoriées.

Les villes sachant cultiver leur capacité de réactivé et d’innovation se positionneront mieux pour surfer efficacement sur les prochaines vagues, puis renforcer leur positionnement.

L’introduction de la réalité augmentée dans Pokémon Go offre une toute nouvelle dimension au jeu. En plus de miser sur la nostalgie des premiers joueurs, l’application permet de ludifier l’exploration d’une ville, seul, entre amis ou en famille. Pas étonnant que certaines villes aient rapidement vu le potentiel et tenté de l’exploiter. Le 11 juillet dernier, soit cinq jours après la sortie officielle du jeu, Anaheim (en Californie) a publié un texte présentant les meilleures zones pour capturer des Pokémons. Le prétexte est en effet idéal pour promouvoir certains aspects méconnus de la ville et inviter ses habitants à partir à sa découverte. Depuis, plusieurs ont suivi ce mouvement, dont Tourisme Montréal, qui a dévoilé le 16 juillet dernier les 10 activités familiales pour vivre la fièvre Pokémon Go à Montréal

Et puis, il y a eu Bâle
Bâle… ben oui, Bâle… Basel, quoi. Vous ne connaissez pas? Vraiment? Bâle, troisième ville de Suisse, est surtout célèbre pour son carnaval haut en couleur et sa vieille ville. Enfin, célèbre… pour y avoir habité, je peux dire qu’on se fait rarement bousculer par les hordes de touristes durant l’année.

Cela n’a pas empêché les équipes de l’Office du tourisme de miser sur le phénomène Pokémon Go pour mettre en valeur les charmes méconnus de l'endroit. Une vidéo décalée et humoristique intitulée Pokémon Go, the revenge a ainsi été tournée, mettant en scène quatre individus revêtant un costume de Pikachu (célèbre Pokémon jaune) chassant les utilisateurs de l’application dans les rues. Caméras embarquées, drones, tous les moyens sont bons pour présenter de magnifiques points de vue des attraits de la ville et donner envie de s’y organiser une excursion. Parallèlement, une page web a été créée pour guider les chasseurs de Pokémon dans leur exploration et faciliter l’organisation de leur séjour. Le 3 août, l’Office du tourisme a publié la vidéo sur sa page Facebook.


Et là, patatra, de mémoire de Ratata, l'on n’avait jamais vu ça…
En quelques jours cette vidéo comptabilise plus de 70 millions de visionnements et 500 000 partages sur Facebook. Impressionnant… surtout quand on pense que la Suisse ne compte que huit millions d’habitants. En étant l'une des premières villes à utiliser Pokémon Go comme levier touristique, Bâle a rendu visible son patrimoine à un grand nombre de touristes qui n’auraient probablement pas pensé s’y aventurer durant leurs vacances. On y voit en effet ses ponts majestueux surplombant le Rhin, sa vieille ville, ses parcs, etc. Une vraie carte postale. L’aspect décalé de la vidéo et la qualité irréprochable des contenus diffusés en ligne contribuent à positionner Bâle comme une ville moderne, dynamique et jeune. Une ville prête à d’adapter rapidement pour attirer de nouveaux visiteurs et leur faire vivre une expérience différente. Le genre d’endroit où l’on a envie de s’échapper le temps d’une fin de semaine.

Ludifier les excursions touristiques, l’idée peut sembler saugrenue. Cependant, le développement rapide de la réalité augmentée et des possibilités qu’elle représente poussent chaque ville à se poser la question: Comment utiliser cette tendance pour mieux mettre en valeur nos attraits et renforcer ainsi notre attractivité? L’avenir nous réserve beaucoup d’autres Pokémon Go, et l’industrie du tourisme ne peut pas se permettre de l’ignorer. Les villes sachant cultiver leur capacité de réactivé et d’innovation se positionneront mieux pour surfer efficacement sur les prochaines vagues et renforcer leur positionnement.

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

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