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He said. She said.

Rachelle Houde Stratège, numérique et expérience client, La Sociable

Étienne Soucy et Pacha Ducharme (respectivement concepteur-rédacteur et directeur artistique d'Ogilvy) ont récemment été invités par Infopresse à commenter une offensive du quotidien de renom The New York Times, signée par Droga5. En tant que membres du groupe Femmes en créa, nous nous sentons interpelées. Nous avons donc rédigé ces quelques lignes pour offrir un She Said à leur He Said, puis faire écho à nos conversations à propos de la campagne The Truth Has A Voice, surtout considérant sa genèse. 

 

Ce billet est écrit en collaboration avec Josiane Cossette, conceptrice-rédactrice pigiste, et est soutenu par les membres du groupe Femmes en créa.

«He said. She said.»

En premier lieu, soulignons que le placement de la publicité, où l’on voit déferler les deux simples phrases «He said. She said.» jusqu’à un climax lors de la remise des prix Golden Globe, était parfait. À la suite de la publication de l’histoire du quotidien New York Times sur les allégations envers Harvey Weinstein, un séisme important a eu lieu, non seulement à Hollywood, mais dans plusieurs industries et coins du monde, avec le mouvement #MeToo (#MoiAussi et #BalanceTonPorc). Nul besoin de mentionner les conséquences ici même, au Québec.

Notons cependant que le placement était en lien non pas avec #MeToo, mais plutôt avec la suite logique du mouvement, soit #TimesUp; mouvement mis sur pied non pas par Oprah Winfrey, mais par l’association des travailleuses agricoles, en collaboration avec la réalisatrice et actrice Reese Witherspoon. Ajoutons que ce mouvement était soutenu par plusieurs actrices américaines, qui ont choisi d’inviter des activistes (comme Tarana Burke, instigatrice du mouvement #MeToo) comme leur +1 à la soirée, afin de leur offrir une plateforme lors des entrevues sur le tapis rouge. Winfrey a plutôt profité de son discours de remerciements lors de la réception du prix Cecil B. DeMille pour souligner les efforts contre les abus de pouvoir et abus sexuels.

Nous levons d’ailleurs notre chapeau à Natalie Portman pour sa soi-disant «maladresse» de souligner l’absence flagrante de femmes sélectionnées dans la catégorie du «Meilleur réalisateur». 

«The truth has power. The truth will not be threatened. The truth has a voice.»

Les médias vivent un moment charnière, comme en témoignent les récentes campagnes Facts First, de CNN, et Je soutiens, du quotidien montréalais Le Devoir. D’une part, nous sommes à une époque où les nouvelles sont de plus en plus attaquées, que ce soit par les algorithmes des médias sociaux ou par certaines personnes en position de pouvoir. D’autre part, elles sont aussi de plus en plus importantes, notamment dans la lutte pour l’égalité.

La voix d’une femme seule est féroce, mais quand elle est amplifiée, elle devient omnipotente. C’est ce que ce She said, répété, scandé, dans un rythme extrêmement bien étudié, démontre. C’est par la répétition que ce she s’incarne, pour devenir notre amie, notre mère, notre sœur, notre voisine, nous-mêmes, nous toutes. Nous connaissons toutes une femme qui s’est levée pour dire #MoiAussi. Ce moment de reconnaissance collective nous unit et nous parle; non seulement en tant que simples consommatrices, mais en tant que citoyennes, ce qui est extrêmement satisfaisant. Car ce mouvement qui s’agite actuellement n’est que la pointe d’une lame de fond qui prend forme depuis quelques décennies, sinon siècles... mais nous sommes patientes.

Enfin, au-delà de son contenu, ce qui rend la campagne The Truth Has A Voice si puissante est le fait qu’elle vit bien hors de son placement média à la cérémonie des Golden Globes. Combien de fois avons-nous fait face à des situations, où la parole d’un homme confrontait celle d’une femme? Sur la grande scène de la politique américaine, où le journal New York Times lui-même était dans la mire du président Trump à cause de plusieurs articles bombes à son endroit, cette opération permettait aussi à l’illustre quotidien de réaffirmer sa prise de position en tant que rapporteur de faits, peu importe les conséquences négatives pour les personnes en pouvoir.

Noir sur blanc. Avec trame sonore épique. Le message ne peut pas être plus clair. 

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.