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Relâchez le Kraken!

Rachel Desbiens-Després Associée Fondatrice, Canidé

Il ne passe pas une semaine (ou presque!) sans qu’un article dans un des grands médias verticaux de la publicité et des communications-marketing nous parle des nouveaux modèles d’agence. 

Chaque année, l'on a droit à un modèle de l’heure, ou à un modèle revu, comme celui de la (sur)spécialisation: les agences boutiques, de créneaux pointus, qui se concentrent sur un service bien précis, afin d’offrir la crème de la crème de cette expertise, avec, en plus, la flexibilité qu’on ne retrouve pas chez les grosses agences. 

Ces dernières offrent le one-stop-shop, favorisant la proximité des services et la capacité de production pour offrir une expérience intégrée à leurs clients. Et si la solution, pour des projets en lien avec médias sociaux et la création de contenu, résidait entre les deux? Dans une spécialisation polyvalente? 

Pourquoi ne pas former les gens à se diversifier?

De mes années d’expérience en agence, à la fois au service-conseil et en stratégie, je ne compte plus les fois où j’ai entendu la fameuse phrase: «je n’ai pas été impliqué». Cette fameuse phrase, ode à la déresponsabilisation, volontaire ou imposée, mine la synergie des équipes et le succès des projets. En effet, il sera rare de voir des projets où une personne sera en plein contrôle de toute l’histoire, je dirais même du storytelling. Oui, un buzzword, car, après tout, chaque projet n’a-t-il pas sa propre ligne narrative, qu’il faut suivre, mais surtout être en mesure de raconter à chaque personne qui est impliquée?

Mais comment fait-on pour s’assurer que cette histoire demeure cohérente et soutenue au fil du temps et des gens, quand la plupart des personnes impliquées – les ressources comme on aime les nommer – ne font qu’un caméo? Et si une personne assumait davantage de responsabilités et était complètement dédiée? Un gestionnaire de projet capable de faire de la vidéo et de la photo en plus de gérer une communauté. Un rêve trop beau? Non, pas du tout.

Je suis persuadée que de nombreuses personnes au service-conseil rêvent d’injecter plus de «créativité» à leur métier, et de toucher davantage au produit créatif, et qui en seraient très capables. Ou encore un créatif qui souhaiterait faire de la gestion de projet (non, tous les créatifs ne sont pas désorganisés!) Pourquoi ne pas former les gens à se diversifier? Parce qu’entre vous et moi, devoir passer par une coordonnatrice pour réserver du temps d’un designer afin de redimensionner des images pour la couverture Facebook, ce n’est pas non plus la façon la plus profitable de dépenser ses heures sur le projet. Je badine, mais vous voyez mon point: gardons ça simple, lean, comme dirait l’autre.

Est-ce que la spécialisation polyvalente rime, par contre, avec individualisme et ne bénéficierait pas des avantages du travail d’équipe? Je ne le crois pas. Au contraire, des personnes connaissant davantage l’expertise des autres seraient en mesure de pousser et d'amplifier les idées, comprenant bien les paramètres dans lesquels le projet se campe.

Est-ce que la spécialisation polyvalente rime, par contre, avec individualisme et ne bénéficierait pas des avantages du travail d’équipe? Je ne crois pas.

Oui, il va sans dire qu’une seule personne ne peut assumer toutes les responsabilités attachées à un projet de pub télévisuelle ou radio. Le concept de spécialisation polyvalente semble toutefois tout indiqué pour la création de contenu et la gestion des médias sociaux: si un gars de 20 ans est capable de produire des vidéos de qualité, autant au point de vue visuel que du contenu chaque semaine pour sa marque personnelle, pourquoi faudrait-il une équipe de huit personnes et des dizaines de milliers de dollars pour produire une seule vidéo pour une marque? Poser la question, c’est y répondre. 

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

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