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Affaire Lagacé: une magistrale «opération de relations publiques»!

Pierre Gince ARP, président, Mesure Média et Direction Communications stratégiques

Depuis toujours, le milieu journalistique pratique le PR Bashing, une activité qui consiste à critiquer le rôle-clé des professionnels des relations publiques auprès des organisations ou de leurs clients dans les médias.

Pourtant, à quoi assiste-t-on dans «L’Affaire Patrick Lagacé» de la part du quotidien La Presse, du journaliste lui-même et de l’ensemble des médias du Québec – même de l’étranger? À rien de moins qu’à une magistrale «opération de relations publiques»!

Un journaliste devenu «Affaire»
Décortiquons la séquence des principaux événements des derniers jours:

  • Voulant coincer l’un de ses policiers, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a entrepris d’espionner durant de nombreux mois le journaliste Patrick Lagacé, en prenant connaissance de toutes ses conversations téléphoniques et de tous ses textos, en plus d’avoir géolocalisé tous ses déplacements. La direction de La Presse est informée vendredi par le SPVM, et affute ses armes… de communication;
  • La nouvelle sort lundi – moment stratégique pour que le sujet soit repris, traité et analysé avec vigueur par tous les médias de Montréal et de Québec en particulier, au point de devenir «L’Affaire Patrick Lagacé»;
  • Le sujet suscite rapidement de l’indignation et des interventions dans la classe politique à Québec et à Ottawa. Et le milieu journalistique se mobilise rapidement, alors que les patrons de tous les groupes de presse signent conjointement et diffusent dès le lendemain matin, une lettre de dénonciation du travail du SPVM;
  • «L’Affaire Patrick Lagacé» a un porte-parole en or pour les médias traditionnels et sociaux: le populaire et déjà omni-médiatisé Patrick Lagacé lui-même (La Presse, 98,5 FM, Télé-Québec et Radio-Canada) accorde des entrevues partout, tout comme les patrons de nombreux médias;
  • «L’Affaire Patrick Lagacé» engendre des soutiens d’indignation de tiers partis reconnus et influents, dont le président de la Fraternité des policiers et policières de Montréal, Yves Francoeur, et même Edward Snowden!
  • « L’Affaire Patrick Lagacé» incite une victime d’espionnage (Lagacé), son employeur et sa confrérie en entier à passer à l’offensive, les coudes serrés, face à une organisation déjà mal-aimée (le SPVM), puis éclabousse d’autres noms au passage (dont le maire Denis Coderre);
  • «L’Affaire Patrick Lagacé» a provoqué une Xe crise au SPVM. Sur la défensive en conférence de presse et par la suite, son directeur Philippe Pichet a été incapable de défendre sa position et de calmer le jeu, affirmant même qu’il n’était pas impossible que d’autres journalistes aient été ou soient actuellement victimes d’espionnage…

Appelons un chat un chat

Tout ce qui précède, ça s’appelle une opération de relations publiques. Et cette fois-ci, ce ne sont pas de «méchants relationnistes» qui la dirigent. Ce sont des médias!    

Ce cas illustre sans contredit une stratégie de relations publiques mise au point – très habilement, d’ailleurs – par la direction et les avocats de La Presse, et sans doute aussi par des professionnels de relations publiques.

ça s’appelle une opération de relations publiques. Et cette fois-ci, ce ne sont pas de «méchants relationnistes» qui la dirigent. Ce sont des médias!

Il est tout à fait normal qu’il en soit ainsi. C’est même souhaitable, puisque les points de vue de La Presse et de leurs soutiens ont été clairs et coordonnés.

Que doit-on conclure?

  • «L’Affaire Patrick Lagacé» fera époque puisque les relations entre les journalistes et les corps policiers (SPVM, Sûreté du Québec et les autres) ne seront plus les mêmes. La méfiance des uns envers les autres – déjà présente à différents niveaux – ne sera qu’amplifiée;
  • Une fois de plus, le grand public est vite intervenu dans les médias sociaux pour prendre le SPVM à partie – ce que démontre clairement le sondage de Québecor ;
  • Du côté du SPVM, l’absence d’un stratège tel Ian Lafrenière à la table de gestion de cette crise s’est fait sentir;
  • Dès sa sortie de crise – avec ou sans son chef actuel –, le SPVM n’aura d’autre choix, lui aussi, de réaliser une magistrale «opération de relations publiques»!

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

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