La référence des professionnels
des communications et du design

À quoi servent les campagnes d’opinion publique?

Pierre Gince ARP, président, Mesure Média et Direction Communications stratégiques

Certaines intentions d’un gouvernement – par exemple, la publication d’un projet de loi – ont amené différents groupes, dont les membres ont des intérêts communs, à se mobiliser afin d’attirer l’attention dans les médias traditionnels et sociaux.

L’attention de qui? Du grand public, mais, d’abord et avant tout, celle d’un ministre, de ses collègues députés et ministres et, ultimement, du premier ministre.

Rencontres avec le ministre et des députés d’allégeances différentes, questions «plantées» à l’Assemblée nationale (Québec) ou à la Chambre des communes (Ottawa), conférences de presse spectaculaires, tables éditoriales avec les quotidiens, soutien de tierces parties, lettres d’opinion, campagnes publicitaires dramatiques, etc.: tous les moyens sont bons afin de faire pression!

Seuls les moyens budgétaires et le temps peuvent limiter les stratèges dans leurs démarches visant à faire reculer un ministre et son gouvernement.

Trois principales raisons incitent des organisations à interpeller un ministre et son gouvernement:

  • se positionner, pour se bâtir un capital de sympathie;
  • faire reculer un ministre souhaitant faire adopter un projet de loi;
  • soutenir un ministre désirant faire adopter un projet de loi.

Jetons un œil sur l’actualité et sur quelques campagnes marquantes…

Le Dr Barrette: cible de choix!

Reconnu pour être un «workaholic», le ministre de la Santé, Dr Gaétan Barrette, ne regarde certainement pas les téléromans! À peine doit-il regarder Tout le monde en parle… et sa revue de presse quotidienne lui est livrée sans les annonces publicitaires jouxtant les textes qui l’intéressent.

Qu’à cela ne tienne: syndicats et regroupements professionnels sont très présents dans les médias traditionnels et sociaux afin d’interpeller le plus médiatisé des ministres du gouvernement Couillard!

En effet: ces temps-ci, il ne se passe pas une journée sans que la FIQ (Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec), la FMSQ (Fédération des médecins spécialistes du Québec), la FMOQ (Fédération des médecins omnipraticiens du Québec), l'AQPP (Association québécoise des pharmaciens propriétaires) et les chaînes et bannières en pharmacie de détail martèlent des messages à l’intention du ministre.

Que veulent-ils? Faire valoir au grand public que les décisions soi-disant «administratives» du ministre Barrette  – au nom de l’austérité – auront des impacts directs et indirects sur la qualité et l’accessibilité des soins aux Québécois.

Autrement dit: en misant sur leur nombre important et le capital de sympathie qu’ils ont bâti avec leurs patients, les professionnels de la santé veulent créer un rapport de force qui leur permettrait de faire reculer le ministre.

Ces campagnes sont-elles inutiles?

Peu importe leur ampleur, les campagnes d’opinion publique sont toujours utiles puisqu’elles contribuent aux débats de société et aux décisions.

Évidemment, de telles campagnes orchestrées par des stratèges en relations publiques et en publicité, notamment, peuvent coûter de véritables fortunes. Mais… pourquoi au juste?

Pour influencer. En visant de gagner la sympathie de l’opinion publique.

Dans le cas des enjeux du secteur de la santé, défendus notamment par les pharmaciens et les médecins, rares sont les soutiens autour du ministre… Mais ce ne sera pas la première fois que le Dr Barrette fonce seul, droit devant!

Solidement épaulé par son premier ministre et puisque le gouvernement Couillard est en début de mandat, ce serait étonnant que l’omniprésent ministre négocie beaucoup…

Mais tout n’est pas joué. Parce qu’un élément anodin peut toujours faire dérailler une campagne – pourtant planifiée dans les moindres détails; voici un exemple marquant.

«Goodbye, Charlie Brown!»

En 1986, voulant modifier le régime des pensions des aînés, Brian Mulroney s’était retrouvé dans un bain de foule, où il a été interpellé par Solange Denis, une charmante dame âgée totalement inconnue qui n’avait pas la langue dans sa poche…

Devant des journalistes surpris et amusés, elle lui a lancé un tonitruant «Goodbye, Charlie Brown!» avant de tourner les talons. Avant l’existence des médias sociaux, ce clip a vite été repris à la télé, donnant l’impression que M. Mulroney et son gouvernement étaient des sans-cœur… Gain de cause pour les personnes âgées!

_

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

comments powered by Disqus