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Commission Charbonneau: juges et stratégies de communication

Pierre Gince ARP, président, Mesure Média et Direction Communications stratégiques

Parmi les nombreux talents que nos juges doivent posséder, l’un d’eux a pris une importance considérable au fil des ans: celui de la communication.

Nécessaire en cour – lorsque les avocats veulent créer des effets de toge! –, l’aisance à communiquer est absolument essentielle lorsque des juges sont mandatés pour présider des commissions d’enquête. Dans de tels cas, les médias les forcent à abandonner leur relatif anonymat en les projetant, dès leur nomination, sous les feux de la rampe.

Terminée l’époque où ils pouvaient manger au restaurant sans que des inconnus tentent d’écouter leurs propos et regardent ce qu’ils ont dans leur panier à l’épicerie… Très familiers avec les règles des tribunaux judiciaires, les voilà plongés dans un univers inconnu: celui des tribunaux… de l’opinion publique.

La personnalité des juges devient à ce point importante que, dès les premiers jours, médias et citoyens troquent les noms des commissions d’enquête pour leur nom de famille!

Ainsi, la Commission d'enquête sur le programme de commandites et les activités publicitaires est vite devenue la «Commission Gomery», et la Commission d'enquête sur le processus de nomination des juges du Québec a été rebaptisée «Commission Bastarache». Pour sa part, la Commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction a pris le nom de famille de la juge France Charbonneau.

La personnalité des juges devient à ce point importante que, dès les premiers jours, médias et citoyens troquent les noms des commissions d’enquête pour leur nom de famille!

Le charisme ne s’achète pas…
Sans rien enlever à l’expertise indéniable du juge Michel Bastarache, il reste qu’au cours des dernières années, le charisme exceptionnel du juge John Gomery a marqué les esprits. 

Instantanément, le juge Gomery est devenu celui avec qui l'on aurait aimé prendre une bière! Pourquoi, outre sa bonhomie? Une combinaison complexe d’ingrédients crée… ou non le charisme.

Pour sa part, la juge France Charbonneau, d’allure distante au premier abord, a su s’imposer avec son petit sourire en coin qui, avec ses questions assassines, en a déstabilisé plus d’un!

Prendre la parole ou non?
À l’époque, des avocats et des analystes ont reproché au juge Gomery d’avoir outrepassé son mandat en donnant son avis dans les médias. Il avait notamment déclaré qu’il détenait «le meilleur siège pour le meilleur spectacle en ville avec des choses juteuses encore à venir». Comme communicateur, j’avais trouvé cette affirmation sympathique et rafraîchissante!

Puis, une fois la Commission Gomery terminée, nous avons eu droit à quelques reportages avec «notre ami John» sur sa ferme.

À l’opposé, la juge France Charbonneau aura exercé un droit de réserve absolu, n’émettant aucun son ni aucune image sur quoi que ce soit.

Embargo et huis clos: oui ou non?
Sauf exception, les rapports importants sont soumis aux plus hauts dirigeants qui les ont commandés, quelques jours avant leur dévoilement. Par exemple, le premier ministre Paul Martin avait pris connaissance du rapport de la Commission Gomery avant qu’il ne soit rendu public.

Dans ce cas-ci, la juge France Charbonneau n’a pas cru bon de remettre son rapport à l’avance aux plus hauts dirigeants du gouvernement du Québec; en fait, rien ne l’obligeait à le faire.

Aussi, la tradition du huis clos avec les journalistes n’a pas été respectée, ce qu’ils ont déploré. Il est en effet habituel qu’avant qu’un dossier complexe soit rendu public, les journalistes soient séquestrés durant quelques heures, le temps qu’ils puissent l’analyser sous toutes ses coutures et que des experts répondent à leurs questions; c’est notamment le cas lors du dépôt des Budgets.

À l’ère où les communications sont omniprésentes, il ne faut pas s’étonner que les juges qui deviennent président d’une commission d’enquête se soucient de l’impact de leurs communications.

Malgré le contexte très inconfortable dans lequel les numéros 1 et 2 de la Commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction ont terminé leur épuisant mandat – l’un inscrivant sa dissidence sur les propos de l’autre, je suis d’avis que: Il était «moralement obligatoire» que la juge Charbonneau et son collègue Renaud Lachance communiquent plus. Et mieux.

Stratégie… vraiment?
Chaque équipe de gestionnaires ayant entouré les juges Gomery, Bastarache et Charbonneau comptait des communicateurs expérimentés, soucieux du rayonnement positif de leur commission.

À l’ère où les communications sont omniprésentes, il ne faut pas s’étonner que les juges qui président une commission d’enquête se soucient de l’impact de leurs communications.

Je n’ai aucun doute que les communications de telles commissions continueront d’être réfléchies et soignées. Et que la personnalité des juges nommés à des postes de grande visibilité sera considérée.

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

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