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Faut-il craindre Paul Arcand?

Pierre Gince ARP, président, Mesure Média et Direction Communications stratégiques

Pierre Gince, président de Direction Communications stratégiques, revient sur l'importance de se préparer adéquatement pour une entrevue radio.

Paul Arcand au 98,5FM, Paul Larocque à TVA, Benoit Dutrizac au 98,5FM, Michel C. Auger à Radio-Canada Première et Sylvain Bouchard au FM93: ils sont un petit groupe d'intervieweurs à se démarquer, depuis plusieurs années, au sommet des cotes d'écoute à la radio et à la télévision. 

Ce qui est paradoxal, c'est que plusieurs décideurs et influenceurs de tous les milieux les écoutent assidûment, mais... évitent leur micro!

Accepter les entrevues corsées? Ça dépend
Une des questions que je me fais le plus souvent poser par des clients, des collègues ou des étudiants est: «Faut-il accorder des entrevues à Paul Arcand et aux autres intervieweurs incisifs?»

Contrairement à des collègues - en organisation ou en cabinet - qui répondent systématiquement par la négative, je préfère nuancer et répondre que si vous avez un argumentaire solide à faire valoir, c'est oui. Mais si votre dossier est indéfendable, il est préférable de ne pas aller se faire tailler en rondelles...

Partons d'un fait: ce sont les entrevues «spectaculaires» que le public recherche. Pour en obtenir, les stations de radio et de télévision recourent à des intervieweurs chevronnés. Ceux-ci, à leur tour, font appel à des invités - plus ou moins connus - de qui ils extirpent la vérité... ou, du moins, celle qu'ils recherchent! 

Il m'apparaît important de revenir sur ce sujet - très important pour les professionnels des relations publiques - puisqu'il ne se passe pas un jour sans que les médias ne confirment un fait: il est très imprudent que des porte-parole accordent des entrevues sans avoir pris le temps d'écrire les messages qu'ils souhaitent transmettre. 

En effet: jour après jour, les médias regorgent de citations que les personnes ayant accordé des entrevues regrettent...

D'où vient cette imprudence? De diverses sources, dont celles-ci:

1) Le temps: les responsables des communications travaillent déjà à un «rythme de fou» au quotidien. Cela explique (mais ne justifie pas) qu'ils prennent rarement le temps de s'asseoir pour écrire des messages-clés pour ceux qui s'adresseront aux médias - y compris eux-mêmes. Et malheureusement - même lorsque les messages ont été préparés - une minorité de porte-parole se les approprient et s'assurent de ne pas déborder.

2) Les urgences: lorsque survient une crise, toutes les excuses sont bonnes - notamment l'importance à accorder à la gestion des opérations - pour faire passer la clarté des messages après tout le reste.

3) La connaissance des sujets: il ne faut pas commettre l'erreur de se dire qu'on n'a «pas de temps à perdre» à relire des notes - préparées par un communicateur ayant résumé pour ne conserver que l'essentiel - sous prétexte qu'on connaît le sujet à fond. Cet exercice de concision s'avère très utile.

4) La pression des journalistes: un jour, juste avant d'entrer en ondes à la télévision, un intervieweur a suggéré à l'un de mes clients d'oublier les messages-clés que je lui avais préparés, prétextant que l'entrevue serait plus naturelle. Il lui a dit: «Oubliez la cassette que votre communicateur vous a préparée.» Impressionné, mon client l'a suivi... et il s'est fait embobiné bien naïvement!

Les Arcand, Larocque, Dutrizac, Auger et Bouchard ne font qu'une bouchée des porte-parole mal préparés! 

Paul Arcand est sans contredit un intervieweur dans une classe à part. Il y a de quoi être impressionné par sa vive intelligence et sa très grande préparation. Son équipe et lui prennent le temps de mener une recherche de qualité lorsque le temps le permet; sinon - actualité oblige - Arcand plonge dans le feu de l'action... toujours avec une première bonne question. L'aplomb de Paul Arcand n'empêche pas les porte-parole bien préparés de se démarquer.

Voici deux exemples d'entrevues de Paul Arcand
Récemment, Diane Lemieux, présidente de la Commission de la construction du Québec, a livré une excellente entrevue avec le roi des ondes, sur un sujet difficile à saisir par M. et Mme Tout le monde. Elle a joué des cartes nécessaires pour la réussir:

- Une approche claire dirigée vers un public en particulier (dans ce cas-ci, elle s'adressait spécifiquement à ceux qui abusent du système en place dans la construction);
- Des messages forts («Nous avons les yeux clairs», «Nous avons pris des moyens et nous allons en prendre d'autres», «Nous allons protéger les entrepreneurs honnêtes», «On n'est pas innocents, on sait ce qui se passe»);
- Des images faciles à visualiser («jouer au chat et à la souris», «les besoins de cash», «ça va faire, le niaisage»).

Pourtant, à ce même micro, la metteure en scène Denise Filiatrault - qui détient probablement le record québécois pour le nombre d'entrevues accordées en plus de 60 ans de carrière - s'est enflammée... mais sans aucun allumage à titre de porte-parole des Janette, à propos de la Charte des valeurs québécoises.

Il faut retenir ceci: la plupart du temps, ce ne sont pas les intervieweurs qu'il faut craindre. Ce sont les porte-parole qui acceptent d'accorder des entrevues en étant peu ou pas préparés - moins que l'intervieweur - alors qu'ils devraient mieux maîtriser leur sujet!

Qu'en pensez-vous?

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