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La dérive vers le divertissement

Pierre Choquette Vice-président, Edelman Montréal

Vous sentez-vous suffisamment diverti? Comment le savoir? Un divertissement se définit généralement comme une distraction, un amusement, quelque chose qui nous fait ressentir du plaisir. La musique, la lecture, le théâtre, le cinéma et la télévision, voilà nos principales sources de divertissement. 

Ces derniers jours, je suis tombé sur un article publié sur le site Science Daily dont le titre est: People who watch entertainment TV are more likely to vote for populist politicians. L’étude derrière ce constat provient de l'université anglaise Queen Mary. 

Les chercheurs ont mesuré les impacts de plus de 30 ans d’écoute de contenu de divertissement grand public sur l’électorat en Italie. En fait, ils ont comparé les choix électoraux entre les téléspectateurs qui syntonisaient Mediaset, réseau appartenant à l’ex-président du Conseil des ministres d’Italie, Sylvio Berlusconi, et ceux qui regardaient d’autres chaînes. 

Comme il y a un plaisir dans l’évasion que nous procure un divertissement, il y en a aussi un, moins rapide à ressentir, dans celui de la compréhension d’un enjeu, dans la maîtrise de toutes les données de situations complexes. 

Sans nous lancer dans les détails de cette enquête, on en arrive à la conclusion que les téléspectateurs ayant accès à la chaîne de Berlusconi soutenaient davantage Forza Italia, parti politique dont il a été le chef. Par ailleurs, l’effet sur la rétention de ces soutiens électoraux est particulièrement intéressant. 

L’étude note que l’impact sur le choix de ses électeurs a duré pendant près de 20 ans, soit l’équivalent de cinq élections. De plus, on y suggère que des téléspectateurs dans certaines catégories d’âge spécifiques qui consomment du contenu de divertissement grand public ont tendance à soutenir plus fortement des candidats et des politiques à saveur populiste.

Je fais bien attention ici de ne pas tracer de parallèles trop évidents entre l’élection américaine et les conclusions de cette recherche. À l’instar des événements politiques plus récents en Europe et aux États-Unis, tout comme les chercheurs, je ne peux toutefois exclure le fait que cette étude contient quelques vérités qui s’appliquent à l’actualité récente.

Bien que le comportement de l’électorat italien ou d’ailleurs ne puisse s’expliquer qu’à partir d’une telle enquête, ce qui doit toutefois faire l’objet d’une réflexion un peu plus profonde est l’impact de tout ce qu’on consomme par le petit écran sur nos opinions et nos choix politiques.

L’arrivée, notamment, des chaînes d’information en continu, des émissions de variétés qui s’intéressent aux enjeux sociaux, économiques et politiques, et l’explosion des médias sociaux ont créé un fourre-tout dont le divertissement devient le dénominateur commun afin d’intéresser les foules. Pourtant, tout n’est pas divertissement. Dès notre entrée à l’école primaire, on constate très vite la différence entre se divertir et apprendre, entre s’amuser et s’informer. Comme il y a un plaisir dans l’évasion que nous procure un divertissement, il y en a aussi un, moins rapide à ressentir, dans celui de la compréhension d’un enjeu, dans la maîtrise de toutes les données de situations complexes. 

La dérive vers le divertissement nous porte malheureusement à bouder ce dernier plaisir au profit d’une certaine complaisance. On peut s’en inquiéter, mais on doit surtout se remettre en question et agir. Alors, si vous vous sentez suffisamment divertis, fermez l’écran et prenez le temps de vous intéresser à ce qui se passe dans votre communauté, à participer à des consultations publiques ou même à vous engager en devenant bénévole au sein d’organisations citoyennes. Vous y trouverez, là aussi, un certain plaisir.

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

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