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Euh, s’cuse, j’ai une question…

Patricia Doiron Conceptrice-rédactrice, Pigiste

Dans son discours tenu lors de la remise des prix du concours Créa, le président du jury a tenu à dire: «C’est drôle, plusieurs collègues sont venus me voir pour me dire: «Heille, c’est courageux d’être allé chercher cinq filles pour être sur ton jury.» Courageux??! Pantoute. Fucking nécessaire, vous ne trouvez pas?

À ça, je réponds, Vraiment? Vraiment?

Vraiment #1: Si c’est vrai que des collègues ont exprimé leur étonnement (j’adore avoir encore assez de naïveté pour en douter), eh bien, à ces personnes-là je dis: Shame! (son de cloche) Shame! (son de cloche). Parce qu’on est en pub!! Non, mais sérieux, on est les influenceurs, les trendsetters, les early adopters, les précurseurs. On est devant la vague. On sait ce qui est hot avant que ça le soit. On change les habitudes de consommation. Mais on va s’étonner d'avoir cinq femmes au sein d’un jury? En pub? Comme dirait Antoine lui-même, «COME ON»!

on est devant la vague. On sait ce qui est hot avant que ça le soit. On change les habitudes de consommation. Mais on va s’étonner d'avoir cinq femmes au sein d’un jury?

Vraiment #2: Pourquoi le souligner? Le faire, c’est bien, ne pas s’en vanter, c’est mieux. Je vous entends déjà «Dammed if you do, damned if you don’t». Eh bien, non! Pas de blâme pour avoir agi, au contraire. Mais un peu pour avoir voulu prendre du crédit. Parce qu’en faisant ça, l'on se sert (encore) des femmes comme objets pour se rehausser, pour montrer combien on est évolué. Au même titre qu’on ne dirait pas (du moins, j’espère) que son «meilleur ami» est noir ou gai ou musulman pour démontrer sa branchitude, on ne peut pas surfer sur le dos des femmes. Sorry, not sorry.

Je tiens à préciser que je ne doute aucunement de la bonne volonté d’Antoine. Je ne lui prête pas, non plus, d’intention calculée. Je sais, par contre, que si c’est le genre de réflexes qui influencent les conversations sur l’équité, c’est parce qu’elles sont ancrées au plus profond de la culture de notre industrie. On ne les entend plus, mais on ne peut juste pas se permettre d’être aussi sourds.

partout dans la salle, ce soir-là, j’ai vu des femmes de talent, de tête et de cœur. 

Ce qui m’amène à ma question: à quand une femme présidente du jury Créa?

Pas (pour paraphraser notre PM) parce que c'est bientôt 2018. Pas pour les perceptions (bien que redresser les apparences, ça serait déjà quelque chose). Pas, non plus, parce qu’il y a au moins deux femmes pour un homme en pub au Québec. Et pas nécessairement parce que c’est nécessaire. Mais parce ce que partout dans la salle, ce soir-là, j’ai vu des femmes de talent, de tête et de cœur. Des femmes brillantes, généreuses et passionnées. Des femmes qui ont fait leurs preuves. Certaines sont même montées sur la scène. Mais surtout, surtout, parce qu’en tant que publicitaires, on sait faire mieux. COME ON!

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

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