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Coderre: une chute de son temps

Pascal Henrard Associé, vice-président, contenu et création, 37e avenue

Ces derniers jours, les analyses de la victoire de Valérie Plante face à Denis Coderre aux élections montréalaises se sont multipliées: le sourire, la formule E, la campagne sur le terrain, les vieilles politiques, les médias sociaux, la transparence... Tout a été décortiqué. Avec un peu de recul, une chose frappe plus que toutes les autres: la prévalence de l’image sur le contenu. 

Dans la quête pour occuper l’espace avec sa face, le maire sortant a gagné sur toute la ligne. Malheureusement pour lui -– et il l’a appris à la dure –, ce n’est plus ce qui fonctionne en 2017.

En d’autres mots, si Denis Coderre a perdu la course qu’il croyait gagnée d’avance, c’est parce qu’on l’a trop vu. «Kid Kodak» cherchait la lumière des projecteurs pour se montrer partout. Pas un Montréalais n’ignorait sa bonhommie naturelle et son entregent dynamique. Pas un média ne manquait de diriger ses objectifs sur les facéties de ce sympathique personnage. Pas un propriétaire de téléphone intelligent ne manquait, en le croisant, d’essayer de prendre un selfie avec lui.

À trop occuper l’espace, on finit par étouffer ce qui s’y passe

En 2017, l’auditoire ne veut plus se faire marteler de gros logos, de marques envahissantes, de réclames tonitruantes ou de slogans à répétitions. Il désire du contenu. Les gens ont besoin qu’on les divertisse, mais ils souhaitent aussi que ça ait un sens. Surtout si c’est pour leur vendre quelque chose.

Bien sûr, il faut d’abord se faire connaître et reconnaître. Valérie Plante a joué sa première carte avec son affiche L’homme de la situation. Elle n’en a pas rajouté. Elle a recouru au slogan avec parcimonie et à la publicité avec subtilité.

Mais une fois qu’on s’est fait un nom, c’est la substance qu’il faut proposer aux micros et aux caméras.

Au-delà des pancartes, des selfies et des retweets, c’est la pertinence de ce qu’on a à dire qui compte. Quand Valérie Plante avait des projets, faisait des propositions ou rêvait d’une nouvelle ville, Denis Coderre parlait de lui. Pas qu’il n’avait rien fait ou qu’il n’avait rien à proposer. Mais c’est sa personnalité qui prenait les devants de la scène, occultant les idées, masquant les projets. Qu’ont appris les citoyens qu’ils ne savaient déjà de lui? Rien. Par contre, chaque prise de parole de Valérie Plante apportait de l’eau à son moulin. On découvrait ses compétences, on s’étonnait de sa connaissance des dossiers et si l'on s’interrogeait sur le réalisme de certains de ses grands projets, au moins, l'on en discutait.

Le contenu de l’une mettait en lumière le manque de contenu de l’autre.

En politique comme en contenu, ce n’est pas ta face qu’il faut mettre de l’avant, mais tes bons coups

Onze campagnes électorales, ça use. Le maire déchu se servait de sa grande expérience et des nombreuses élections auxquelles il a participé comme argument de vente, alors que c’est de la dernière campagne dont les citoyens voulaient entendre parler.

La chute de Denis Coderre nous a appris beaucoup de choses sur notre époque, sur la manière de communiquer et sur la réaction des citoyens. Aujourd’hui, les marques, comme les politiciens, ne peuvent plus miser uniquement sur un slogan et une image. Il leur faut axer leurs communications sur les fondements solides d’un contenu pertinent si elles veulent aller loin et durer.

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

 

 

 

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