La référence des professionnels
des communications et du design

Traduction automatisée: la fin de l’écriture?

Pascal Henrard Associé, vice-président, contenu et création, 37e avenue

Les traducteurs sont en train de perdre leur latin! Les moteurs de traduction automatique se perfectionnent, se multiplient et gagnent chaque jour un peu plus de terrain. Demain, nos textes seront-ils tous écrits par des machines?

Il y a de plus en plus de contenus sur internet. Donc, de plus en plus de textes à relire, à corriger et à traduire. Une aubaine pour les rédacteurs, les réviseurs et les traducteurs. Mais combien de temps en profiteront-ils encore?

Google Translate n’a pas été conçu pour faire du service à la clientèle sur mesure.

Le tourisme, la mondialisation, la mobilité des entreprises et les ententes commerciales entre les pays ont augmenté la quantité de textes à écrire et à traduire.

Parallèlement, le nombre galopant de commentaires et d’opinions sur le web a multiplié les demandes de traduction. Les entreprises souhaitent en effet comprendre rapidement ce qu’on dit à leur propos. Elles désirent répondre vite aux critiques, dans toutes les langues. Donc, elles font appel à des machines… avec les résultats qu’on imagine.

Google Translate n’a pas été conçu pour faire du service à la clientèle sur mesure. Et ça se voit.

«Polissez la saucisse» pour «polish sausage».
«Faible en gros» pour «low fat».
«Manière spéciale de jouir "sur les rochers"» pour «Truly a new way to enjoy "on the rocks"».
«Coffre-fort pour la micro-ondes et le lave-vaisselle» pour «microwave and dishwasher safe».
«Oreiller de voyage pour fourrer» pour «stuff it travel pillow».

Les exemples qui font rire ne manquent pas!

Il ne faut pas en vouloir aux robots. Ils ne comprennent pas le contexte, ils ne savent pas ce qu’est le «big picture» (qu’ils auraient sans doute traduit par la «grosse image»), ils ne réfléchissent pas, ils alignent les mots les uns après les autres sans nuance ni sensibilité, comme si c’étaient des boulons ou des pièces électroniques.

Un comptable vous dirait sans doute que les moteurs de traduction sont moins coûteux qu’un bon traducteur. C’est vrai que les robots ne vont pas faire pipi toutes les deux heures et ne s’arrêtent pas pour luncher.

Quand un robot traduit un texte dans un jargon automatisé, ça fait mal à des yeux humains. Et les conséquences peuvent être plus lourdes pour la marque, son image, sa réputation et sa crédibilité que l’économie d’un rédacteur de talent ou d’un traducteur expérimenté.

Les moteurs de traduction sont de mieux en mieux éduqués. Ils peuvent rédiger des phrases justes, dont l’orthographe est sans faute et la grammaire parfaite. Mais l’ensemble du texte a-t-il du sens? A-t-il un style qui coule? Est-il écrit de manière à séduire? Réussit-il à interpeler l’auditoire? Respecte-t-il l’ADN de la marque? Et reflète-t-il son âme?

Rien ne remplacera la sensibilité et la finesse d’un humain.

Quand les robots iront faire l’épicerie, les épiciers remplacés par des distributeurs automatiques pourront faire écrire leurs circulaires par des machines. D’autres robots prépareront le souper pendant que nous lirons de vrais livres écrits par de vrais auteurs. Mais ça, ça s’appelle de la science-fiction, et ce sont des humains qui l’ont inventée.

__

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

comments powered by Disqus