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Industrie numérique et modèles d'affaires: trois constats

Pascal Hébert Directeur général du groupe d’innovations marketing, CloudRaker

Récemment se tenait à Barcelone l’événement Global Perspectives on What’s Next, organisé par la SoDA, the Digital Society; j'en suis revenu avec plusieurs constats sur l’avenir de notre industrie. 

SoDA est une association mondiale sélective regroupant les firmes numériques les plus novatrices, comme SapientNitro, Big Spaceship et CuboCC. Ce rendez-vous s’inscrit dans une série de sessions de travail où des entrepreneurs du numérique se rassemblent pour discuter, entre autres, de l’impact de celui-ci sur les modèles d’affaires d’aujourd’hui.

Parmi les grandes lignes qui s'en dégagent, en voici trois:

1) Les interruptions tuent la performance – et votre patron aussi
Les interruptions dans le quotidien des employés sont responsables de la diminution de la performance de l’entreprise. En tête de cette problématique se trouvent les gestionnaires, principaux responsables des interruptions des employés.

L’accès à internet constitue le deuxième facteur en importance. Courriels, médias sociaux et notifications représentent des raisons d’arrêter le travail en cours pour régler une autre tâche. Plus l’heure de la journée avance, plus notre attention diminue et plus grandes sont les chances de se laisser sortir de sa zone de performance.

À chaque interruption, la personne prend de 15 à 30 minutes pour retrouver sa concentration. Ce problème de productivité important le deviendra encore plus avec l’internet des objets. Les dirigeants doivent maintenant trouver des solutions à cet enjeu qui affecte le rendement économique des entreprises et même, parfois, le rendement psychologique des employés.

Chez CloudRaker, nous avons entrepris un programme test de 20 jours procurant aux employés un maximum de concentration durant l’avant-midi. On s’attaque d’abord aux courriels et aux réunions. Ce qu’on vise n’est pas une révolution, mais une sensibilisation collective. 

2) Les marketers avant-gardistes préfèrent les ventes à la notoriété
Les objectifs de revenus sont davantage aux centres des préoccupations des dirigeants en marketing. Les services de marketing veulent prouver qu’ils sont un centre de profit et non de dépenses. Le développement technologique facilite cette évolution par des solutions de données concrètes et pertinentes. Ces données peuvent aujourd’hui être traduites en impact financier pour l’entreprise. Nous entamons une ère où l’on mesure réellement le rendement d’investissement de toute activité en marketing, incluant la notoriété.

3) Le numérique aura disrupté toutes les industries d’ici cinq ans, incluant la nôtre

Il faut agir vite. Plus tôt les entreprises entreprendront le virage numérique, plus grandes seront leurs chances de réussir la transformation.

Une étude de la firme Forrester Research commandée par Adobe prédit que 100% des industries seront dans une situation de disruption numérique dans les cinq prochaines années. Plusieurs nouveaux joueurs apparaîtront, tandis que d’autres disparaîtront. Il faut agir vite. Plus tôt les entreprises entreprendront le virage numérique, plus grandes seront leurs chances de réussir la transformation. Déjà, cette année, plus de 50% des industries sont en disruption. Pensons simplement aux transformations des industries de la musique, de la télévision, du voyage, des banques et du commerce de détail.

D’ailleurs, notre propre industrie de services professionnels sera aussi chamboulée. Le modèle d’agence, par exemple, est un modèle d’affaires qui n’a pas évolué ces dernières années et qui sera, lui aussi, changé par le numérique. D’une part, plusieurs services deviendront des commodités sans valeur ajoutée pour les clients et les employés. À titre d’exemple, les services d’achats médias et de développement web risquent fortement d’être transformés par l’automatisation et le développement web assisté.

D’autre part, les marges bénéficiaires rétrécissent continuellement, peinant à apporter de la valeur aux actionnaires. En moyenne, dans le monde, les marges ont fondu de quatre points de pourcentage ces deux dernières années. C’est important. Cela dit, ce n’est pas unique à notre industrie. La pression des marchés financiers sur les marges à un impact important sur les agents, tant ceux qui oeuvrent en distribution qu’en publicité, en finance ou en voyage.

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