La référence des professionnels
des communications et du design

Bon cop?

Olivier Bruel Graphiste et directeur artistique, freelance

Le 13 juillet, la Sûreté du Québec (SQ) a dévoilé la nouvelle livrée de ses auto-patrouilles. Les Dodge Charger seront désormais noires avec les portières blanches «à l’américaine» et de gros logos POLICE seront affichés sur tous les côtés.

Auto-patrouille

Mentionnons aussi une cloison de protection pour isoler les prévenus, des gyrophares de haute technologie, un déferlement de lumières clignotantes et d’énormes pare-buffles à l’avant. Les véhicules seront aussi dotés d’armes longues «pour faire face à des individus barricadés», a précisé le capitaine Guy Lapointe aux journalistes de Radio-Canada.

Rappelons que l’image constitue un enjeu important pour les corps policiers, pas seulement quand les pantalons de camouflage détournent la mission de l’uniforme. À la vue de ces impressionnantes muscle cars, on peut s’interroger sur le rôle social et politique de la police. Depuis toujours, ce rôle est double: protéger les gentils et punir les méchants. Bon cop, bad cop.

Protéger et servir ou Intimider et punir?

C’est là que la question d’image prend tout son sens. Dans une ère où l’on parle trop souvent de brutalité policière, la SQ a choisi un design totalement brutaliste. Tout ici est intimidation. Adieu, bienfaisante police de proximité et bonjour la terreur! Martin Prud’homme, directeur général de la SQ, a beau expliquer que l’objectif est d’optimiser le contraste à des fins de sécurité, n’importe quel designer objectera que le mot POLICE ressort aussi bien en noir sur blanc qu’en blanc sur noir.

Dans une ère où l’on parle trop souvent de brutalité policière, la SQ a choisi un design totalement brutaliste. Tout ici est intimidation.

À l’approche d’une auto de police, l’honnête citoyen doit-il ressentir de la crainte ou le réconfort d’une présence bienveillante?

Le contribuable canadien devra désormais s’habituer à la présence de machines de guerre au design inspiré par les milices paramilitaires ou, au mieux, par Hollywood. Mad Max, Transformers, Robocop, Blade Runner ou Batman, c’est dans la science-fiction la plus sombre que sont les références.

Science-fiction

Alors que le taux de criminalité au Canada est en baisse depuis deux décennies, «le corps policier a aussi annoncé ces derniers mois l’acquisition de plus de 260 véhicules utilitaires sport pour mieux répondre aux besoins dans les régions, de 250 pistolets à impulsion électrique, ainsi que de 150 carabines semi-automatiques pour les situations à haut risque», selon QMI.

Il fut un temps où les bons étaient en blanc et les méchants, en noir. Le côté sombre de la force l’aurait-il finalement emporté?

 

_

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

comments powered by Disqus